Les "archétypes " et leurs divers supports cosmiques
par Jacques HalBronn
Les "archétypes " et leurs divers supports cosmiques
par Jacques HalBronn
Il semble qu'aux yeux de nombre d'astrophiles, l'astrologie ait vocation à situer diverses notions dans l'espace, en attribuant telle ou telle notion, selon les cas, à un signe, à une planéte, à une maison, à un aspect, qui seraient autant de signifiants en attente de signifié..
Car une chose est qu'il existe une certaine planéte, une autre que la dite planéte se soit vue baptisée du nom de telle ou telle divinité. Inversement, certaines forces n'auraient pas trouvé à se "loger" jusqu'à une époque fort récente : que l'on songe au dieu Pluton qui trouva quelque hébergement en 1930 sur une planéte qui venait d'être découverte et qui depuis quelque temps fait probléme.
Du temps de Manilius et de son poéme, l' Astronomicon (Ier siècle de notre ère), les étoiles fixes servaient à loger certaines divinités, ce qui permettait de ne pas se limiter aux seules planétes beaucoup moins nombreuses que les dites étoiles.
Tout se passe comme si un archétype ne pouvait s'inscrire en astrologie que par le biais de l'astronomie, ce qui signifie la découverte et l'intégration de nouvelles planétes.
Que dire de ces astrologues qui nous parlent, à l'instar d'un Jacky Alaïz, du rôle de Chiron, de Cérés ou de Pluton et de Proserpine (voir un prochain exposé filmé le 15 mai 09, à passer sur teleprovidence) du fait que les astronomes ont décidé de baptiser quelques corps assez modestes, gravitant aux confins et recoins du systéme solaire? Comme si l'astrologie ne pouvait se référer à ces déités sans le "feu vert" de nouveaux corps célestes disponibles.
Il y a là un dysfonctionnement que l'on retrouve au niveau de certaines langues qui préférent emprunter des mots nouveaux- entendons non pas des dérivés mais de nouvelles racines- plutôt que de mieux gérer leur patrimoine et de le déveloper par croissance interne (ce qui favorise l'exportation) et non externe, par importation.
A l'astrologie de faire l'inventaire de tous ses signifiants classiques, séculaires, tels que constitués bien avant la découverte d'Uranus (1781) ou de Cérés (1801) et de s'efforcer d'y relier divers signifiés, un même signifiant pouvant servir pour un "harem" de signifiés et les signifiants devant être bien moins nombreux que les signifiés. Or, on va vers une sorte de parité: un signifié par signifiant, ce qui est une aberration au niveau organisationnel.
Certes, on ne voit pas pourquoi l'astrologie se priverait d'évoquer, à un certain stade sémantique, Pluton ou Cérés mais ces valeurs préexistent de très loin à la découverte de nouveaux astres auxquels ces noms ont été conférés. Qu'il ait fallu attendre 1977 pour s'intéresser à Chiron, peut étonner car de deux choses l'une, ou bien la mythologie est importante pour l'astrologie et l'on ne voit pas pourquoi elle n'aurait pas été intégrée globalement dans la tradition astrologique, de longue date ou bien elle ne le serait que dans la mesure où les astronomes la fixent sur de nouveaux signifiants inconnus des anciens astrologues.
Pourquoi par exemple ne pas associer Pluton à un signe zodiacal comme c'est d'ailleurs le cas avec la théorie des domiciles qui place cet astre mais aussi ce dieu en scorpion. De deux choses l'une ou bien Pluton est lié au scorpion, signe zodiacal qui a sa propre valeur et dans ce cas ce signe peut être considéré comme le signifiant auquel Pluton est lié, ce qui évite de considérer la planéte tardivement baptisée de ce nom ou bien Pluton doit nécessairrement être associé à une planété et pourquoi le signifié Pluton ne partagerait pas avec Mars, par exemple, l'astre appelé Mars et qui est un signifiant pouvant comporter Pluton dans ses dérivations et autres modulations. Autre piste: associer Pluton à un aspect ou à une maison astrologique ou à une étoile fixe et non à un astre au statut astronomique contesté et dont la révolution de près de 2 siècles et demi n'est pas sans faire probléme.
Et l'on pourrait en dire autant de tout autre signifié de dieu qui n'a pas besoin chaque fois d'un nouveau signifiant astronomique.D'ailleurs, on en arriverait à une astrologie où chaque nouveau signifié mythologique exigerait un nouveau signifiant astronomique pour exister astrologiquement!
C'est dire qu'une certaine formation linguistique ne serait pas inutile chez ceux qui veulent penser ou repenser le langage astrologique. Cela leur éviterait de tels dérapages épistémologiques!
Que dire de cet astrologue qui déclare que tel nouveau signifiant est indispensable à l'astrologie parce qu'on lui a associé un signifié fascinant, comme Lilith et que l'on ne peut se passer de Lilith comme si l'on n'avait pu placer Lilith avant de lui offrir un nouveau signifiant, en l'occurrence un point fictif. Car faute de signifiants correspondants à des astres, l'astrologie ne s'est pas privée d'adopter des signifiants méta-astronomiques, qui n'existent que sur le papier et nullement visualisables.
A n'en pas douter, l'astrologie contemporaine a décidé que l'astronomie lui fournirait de nouveaux signifiants. Mais là encore, est-ce à dire qu'il revenait à la dite astronomie, par dessus le marché, de décider à quels signifiés mythologiques cela correspondrait. On est allé bien vite en besogne! Notons quelques rares exceptions comme les noeuds lunaires dont les significations n'ont pas été dictées par les astronomes mais seulement les signifiants. Double dérive donc que l'on peut observer actuellement: importation de nouveaux signifiants astronomiques mais aussi - ce qui est tout à fait abusif - de nouveaux signifiés mythologiques en une sorte de "package-signifiant-signifié". Et puis quoi encore?
Alors, vient la ritournelle sur les "constatations" définitives que des praticiens de l'astrologie revendiquent concernant les facteurs les plus discutables. Ces gens là prétendent que le thème natal, tel qu'interprété et appliqué à leurs clients, est un moyen viable de juger de l'importance du dit astre. On pense à Pinocchio dont le nez s'allonge au fur et à mesure qu'il échaffaude des mensonges!
Que l'astrologue puisse trouver quelque intérêt à manier l'ingrédient Pluton ou Neptune, dans sa cuisine astrale, est une chose que l'on peut tout à fait comprendre car ces dieux sont des signifiés dont le praticien peut avoir besoin. Mais de là à ce que ces signifiés soient impérativement liés à de nouveaux signifiants planétaires, il y a un pas que nous ne saurions franchir! Nous sommes là en face d'un sophisme: Pluton est un dieu intéressant. Pluton est le nom d'une planéte. Donc la planété Pluton nous parle du dieu Pluton! CQFD.
Tout cela ne serait pas arrivé si à un certain stade de son histoire, l'astrologie ne s'était point bloquée au niveau de son évolution sémantique ou plutôt si elle n'avait choisi de se démarquer d'une symbolique mythologique, ce qui se conçoit au sein d'un monde monothéistique. En effet, rien ne prouve que des valeurs plutoniennes ou cérésiennes n'aient été intégrées dans les traités d'astrologie sans avoir reçu explicitement le label "Pluton" ou "Cérés", quand bien même aurait-on conservé les anciens noms latins des planétes. Les astronoms modernes ont souhaité renouer avec une certaine tradition mythologique sans imaginer que les astrologues leur emboiteraient le pas et surtout avec l'accélération actuelle des découvertes qui passent aussi par des remises en question du statut de certains astres, car la science sait se remettre en question. Ainsi une des définitions de la planéte est qu'elle a fait le vide autour d'elle.(voir Sciences Avenir. mai-juin 2009; Hors série "Une nouvelle histoire de notre univers", p. 20 "On a perdu une planéte"). Or, rares sont les astrologues qui ont l'honnêteté de reconnaitre que l'astrologie a fait un faux pas, ce qui avait pourtant été le cas pour l'intra-mercurielle Vulcain qui fut quelque temps adoptée par les astrologues. C'est bel et bien se refuser à se remettre en question en confondant le signifié Pluton et le signifiant Pluton. La voie de la sagesse consisterait à dire que les astrologues ont enrichi leur langage avec le signifié Pluton mais qu'ils ne situent pas pour autant Pluton là où l'avaient placé les astronomes. Pourquoi par exemple ne pas qualifier de plutonien le carré et de cérésien le trigone ou tout autre choix.
Manilius, dans son poéme, attribuait aux signes des dieux qui ne correspondaient à aucune planéte, ce qui montre bien que l'astrologie n'a pas forcément besoin de l'interface astronomique pour intégrer le plan mythologique. D'ailleurs, l'astrologie ne se prive pas de s'en passer quand elle attribue tel jour de la semaine à tel dieu ou tel dasa, en astrologie hindoue, en dehors de toute présence astronomique réelle. et cela vaut aussi pour tout le systéme des maitrises. Pourquoi ne pas intégrer dans ces anciens dispositifs d'autres dieux? Si l'on avait suivi Manilius, on n'en serait pas là! On peut penser que c'est Ptolémée, un siècle plus tard, au IIe siècle de notre ère, qui aura figé le rapport astrologico-mythologique aux seuls dieux-planétes.
D'ailleurs, l'astrologie a parfois montré qu'elle n'avait pas besoin de l'astronomie pour se constituer. C'est ainsi que le dispositif des Quatre Eléments répartis en 4 triangles zodiacaux ne doit rien à l'astronomie. Il est grand temps de couper le cordon ombilical entre astrologie et astronomie. Selon nous, l'astronomie ne doit fournir à l'astrologie que le cycle saturnien et les 4 étoiles fixes royales. Au delà de cela, on passe dans un autre registre, celui des signifiés que l'on associera aux diverses variations que l'on articulera sur ce cycle central. On sait que nombreux sont ceux qui préférent le systéme des maisons égales dont le fondement astronomique est très limité, à savoir l'ascendant, tout comme d'ailleurs celui des 12 signes qui ne s'ancre que sur un seul point, le point vernal. L'astronomie doit être utilisée en astrologie à dose homéopathique et elle ne saurait dicter le corpus de signifiants de l'astrologie même si elle peut, pourquoi pas, contribuer à un enrichissement des signifiés.
JHB
17. 05. 09