Le refus de prévoir : Animus et Anima.


par Jacques Halbronn




 

Qu'est ce qui nous conduit à ne pas prévoir, à ne pas prendre les précautions requises par la situation dans laquelle nous nous trouvons?

Souvent ce qui se passe, c'est que l'on se lasse de prévoir, que l'on se dit mentalement que cela suffit, que l'on a "tout"  prévu ou du moins l'on fait comme si.

Cette tendance à ne pas poursuivre indéfiniment l'effort prédictif - nous n'avons pas peur d'utiliser le verbe dire plutôt que voir- correspond à notre anima, pour employer une terminologie jungienne.

L'anima est une petite voix qui nous dit qu'il faut en rester là, que l'on en a assez vu....qu'on y a suffisamment réfléchi....Il génère de la fatigue. On verra bien...... Il sera toujours temps pour réagir.....

A contrario, l'animus nous engage à poursuivre, à persévérer dans notre questionnement, dans notre doute en envisageant toutes les éventualités, tous les scénarios -(le plan B), prévoir le pire....

Nous sommes souvent amenés à interviewer des personnes sur leur activité qui ne sont pas du tout prêtes, préparées pour s'exprimer correctement comme si elles n'avaient pas prévu certaines questions assez évidentes pourtant. Les voilà soudain déconcertées.... Ce qui est paradoxal quand l'activité en question concerne la prévoyance!

Ce qui nous conduit au rôle du père et de la mère dans la formation de l'enfant...

Un père absent, c'est un enfant qui prévoit mal, insuffisamment et pas assez en profondeur. C'est une carence de l'animus. C'est aussi un enfant dont on n'aura pas su appréhender les potentialités "dans l'œuf" et qui émettra des signaux trop forts comme quelqu'un qui est habitué à fréquenter des sourds.

En effet, la mère a du mal à couvrir tout le champ prévisionnel. Elle se contente de quelques points qui lui importent de façon obsessionnelle --(idée fixe) et néglige le reste. Elle préfère, au bout du compte, voir venir et ne pas se casser la tête pour pas grand chose. C'est sa façon, à elle, de fonctionner. Attendre que les choses deviennent vraiment graves pour les prendre au sérieux,  tant en bien d'ailleurs qu'en mal.

Une mère trop présente risque de développer chez l'enfant des attitudes d'imprévoyance, une difficulté à percevoir les tenants et les aboutissants d'un problème, une tendance à faire l'impasse sur certaines questions pour économiser de l'énergie mentale. L'effort prévisionnel n'est pas mené à son terme, il s'arrête  à mi-parcours, il est quelque peu bâclé.

Prévoir pleinement implique beaucoup d'imagination et le manque d'imagination conduit à  insuffisamment prévoir ce qui conduit à être surpris : "je ne pouvais quand même pas prévoir". Si!




JHB

22. 06. 09