L'astrologie, le proche et le lointain


par Jacques Halbronn




 

C'est un fort vieux débat, en astrologie, que celui des thèmes  de conception et de naissance. On l'évacue volontiers et pourtant cette affaire ne cesse de nous interpeller et de peser sur l'épistémologie de l'astrologie et on ne peut sérieusement passer outre.

Or, si   l'astrologie  est prévisionnelle et non divinatoire, elle  ne peut que traiter du commencement des choses et non de leur aboutissement ; il ne serait donc pas acceptable que l'on fasse une étude astrologique d'un événement marquant puisque l'astrologie ne peut que traiter des prémisses qui lui sont largement antérieures.

Tout comme la conception est moins spectaculaire que la naissance, l'astrologie ne devrait-elle pas s'en tenir à de simples potentialités?

Nous dirons que l'astrologie non divinatoire ne peut être redevable que des causes lointaines, qui prennent leur origine dans un passé relativement reculé.

La plupart des astrologues se référent au thème de naissance comme à un tel point origine dont toute la vie dépendrait et découlerait. Mais ce moment de la naissance n'est-il pas lui-même conditionné par  un moment plus ancien qui est celui de la conception et ne serait-on pas tenté de remonter encore plus haut dans le temps, au niveau génétique?

Deux astrologies, dès lors, se font face, l'une qui  se polarise vers le passé le plus lointain et l'autre, que l'on peut qualifier de divinatoire, vers un futur marqué par une certaine spirale de devenir et de changement.

Opposition classique  entre une astrologie "platonicienne", synchronique et une astrologie "aristotélicienne", causale.

Pour nombre d'astrologues actuels, ce qui se passe dans le ciel est le reflet de ce qui se passe sur terre. Il est donc légitime de dresser le thème de ce qui arrive dans l'espoir de parvenir à un décodage. Mais pour d'autres, qui se veulent plus scientifiques,  les astres agissent sur nous, déterminent nos comportements et c'est cette seconde école  qui serait la moins divinatoire mais  qui ne s'en confronte pas moins à certaines difficultés cognitives.

Car soit l'on affirme une simultanéité non causale entre les configurations astrales et les manifestations correspondantes au même moment, ce qui relève d'une vision mystique du monde, soit l'on prône une causalité qui exige un certain décalage temporel comme c'est le cas pour tout rapport de cause à effet.

On nous objectera que lorsque le soleil se couche, il fait nuit, que le soleil d'Eté n'est pas celui d'Hiver....Mais en pratique, décalage il ne peut pas ne pas exister tout comme un four que l'on vient d'allumer ne suffira pas  à  faire cuire des aliments, des pates que l'on met dans une casserole d'eau bouillante demanderont quelque temps pour être consommables et ainsi de suite. Certes, il y a des contre exemples: un interrupteur provoque immédiatement l'effet voulu: lumière ou obscurité sans qu'il soit besoin d'attendre. Mais n'est-ce pas là l'exception qui confirme la règle. Même un coup de couteau ne provoque pas nécessairement une mort immédiate voire même n'aboutit pas à la mort.....Cette notion d'effet immédiat n'est finalement que rarement attestée.

Or, quand des astrologues dressent le thème du 11 septembre 2001, avec l'effondrement des tours jumelles de New York, ne laissent-ils pas entendre que la façon dont les astres sont placés expliquerait ce qui s'est passé? On est là dans une logique d'aboutissement et non dans une logique prévisionnelle et causale à moins d'accepter de remonter plus loin dans le temps. On nous objectera que la configuration en question pouvait être connue, astronomiquement, très longtemps à l'avance. Certes, mais cela n'empêche que ses effets ne peuvent que suivre à quelque distance la dite configuration.

En fait, le grand problème est celui de la datation sur laquelle ne cesse de buter la pensée astrologique, oscillant entre une astrologie divinatoire qui prend la configuration comme l'expression de ce qui se passe au moment où celle-ci se forme et une astropsychologie qui se refuse à dater quoi que ce soit.

Et de fait, la datation reste  une affaire bien compromise du moins au delà d'une certaine échelle quantitative dès lors qu'il semble bien délicat de déterminer dans quels délais une cause produira quelque effet significatif.

Pour notre part, nous pensons qu'il convient non pas d'évacuer la prévision ni davantage de tomber dans des prétentions excessives - deux extrêmes qui sont actuellement dominantes et guère conciliables - mais d'en définir la portée. On prendra l'exemple d'une source qui commence modestement à se répandre avant de prendre de l'expansion. Nous dirons que très peu nombreux sont ceux, au début, qui reçoivent la "bonne parole" cosmique mais qu'il faut bien un début à tout.

En bref, nous dirons que les "capteurs" de configurations astrologiques constituent une minorité de personnes, difficile au demeurant à chiffrer - et que seule cette minorité pourrait être immédiatement affectée par l'apparition de certains signaux. Ce qui exclut que tous les clients ou élèves d'astrologie soient concernés du moins directement et immédiatement. Quant aux effets les plus rapidement tangibles, ils seront, eux aussi, relativement circonscrits et n'offriront pas de manifestation puissante.

Ajoutons que les exemples sont innombrables de causes dont les effets ne sont perceptibles qu'à terme. Et cela vaut aussi bien pour l'incubation de certaines maladies que pour certaines carences dont les effets ne sont pas aussitôt tangibles. C'est ainsi qu'une source qui se tarit ne met pas fin sur le champ à la circulation de l'eau qui en dépend. Ce n'est que peu à peu que les effets s'en font sentir de façon remarquable.

Notre approche en arrive à condamner une certaine pratique de l'astrologie mondiale selon laquelle les configurations célestes dénotent ce qui se passe sur terre de marquant. Non, il faut s'en faire une raison, les événements marquants relevant de l'astrologie ne se produisent pas lors des configurations célestes et ne dépendent d'ailleurs pas uniquement d'elles.

Tout pouvoir s'exerce dans un certain espace-temps: on dit de quelqu'un qu'il a "le bras long". tout pouvoir se délègue, se ramifie et entre le moment d'une décision et ses applications peut s'écouler un certain temps. Or, cette décision initiale, elle avance souvent de façon souterraine, avant d'émerger de façon flagrante.

Si les astrologues de l'école symboliste peuvent se dire relativement indifférents à nos analyses, eux qui d'ailleurs ne se situent pas dans le champ du signifiant mais du signifié - et  grand bien leur fasse! - en revanche les astrologues de l'école physiciste, comme les disciples "conditionalistes"  de J. P. Nicola, ne peuvent que reconnaitre un tel décalage au niveau prévisionnel.

Les astrologues du signifié utilisent des mots plutôt que des corps, Pluton, pour eux,  est plus une valeur qu'une planète. Les astrologues du signifiant ne sauraient cesser de se demander sur la façon et les "conditions" de temps et d'espace dans lesquelles  un signifiant est capté et perçu.





JHB

23. 05. 09