Emission et réception:  au coeur de l'entendement de l'astrologie


par Jacques HalBronn



 


Il importe que nous ayons une conscience aigue de ce que nous prenons et nous donnons au monde. Ainsi, en musique (voir nos études en cette nouvelle discipline qu'est la stomatique), nos mains prennent, elles ne donnent pas. Le son qu'on obtient en tapant sur un tambour appartient au tambour . Idem pour le piano. En revanche, quand nous sifflons, quand nous soufflons dans une flûte,  le processus est inverse,  c'est l'instrument qui reçoit le son et le module.  La musique est traversée par une telle dialectique. Celui qui reçoit n'est pas celui qui émet, celui qui prend n'est pas celui qui donne quand bien  même si en prenant il transcenderait ce qu'il reçoit. On confond le récepteur et  l'émetteur, le centre et la périphérie,  le concept et ses manifestations et les astrologues ne sont pas en reste....

En astrologie, nous recevons des énergies de l'univers mais, en contre partie, par un processus d'instrumentalisation, nous renvoyons vers le cosmos nos projections. Passage de l'astronomie à l'astrologie, l'une prend, l'autre donne en reconvertissant les énergies, les signaux.

La profondeur consiste à atteindre la source et à montrer que des  expressions diverses relévent d'une seule et même origine. Il ne faut jamais perdre de vue le concept qui est décliné et le zodiaque n'est jamais qu'une déclinaison d'un concept si ce n'est que tout se passe comme si l'on ne savait plus de quel concept il s'agissait, non pas en termes astronomiques mais en termes astrologiques. Force est de constater que l'astronomie vient ainsi renflouer l'astrologie (voir notre nouvelle Newsletter "Teleprovidence Nouv". (Nouv étant l'équivalent de New) tout en ne lui permettant pas pour autant de résoudre ses problémes systémiques  de fond. On le voit dans le Colloque de 1989 que nous mettons en ligne sur teleprovidence.com/

Notre formation de linguiste nous permet de porter un regard critique sur le langage de l'astrologie. L'astrologie serait, selon nous, à claser parmi les langues qui n'existent plus qu'au niveau du signifié et qui sont déficientes à celui du signifiant. Bien des astrologues plaquent ainsi sur un ensemble de données assez hétéroclites- assimilable à des mots, à des signifiants selon la terminologie saussurienne - un admirable discours -c'est à dire du signifié. Autant l'ensemble des signifiants est -il hétérogéne, autant l'ensemble des signifiés apparait comme un modéle d'organisation.

Malheureusement,  notre psychisme subconscient se nourrit de signifiants, c'est à dire de formes, de sons avant de se satisfaire de sens, c'est à dire de signifié. Il associera ce qui se ressemble formellement bien plus que les synonymes qui sont   des mots qui ne sont liés entre eux que par le truchement, l'écran du signifié, du champ sémantique.

Or, en astrologie, l'écart entre le signifiant et le signifié est tel que l'on aboutit à une astrologie qui est tout sauf instinctive, viscérale, à une astrologie intellectuelle, culturelle qui ne s'invente pas, c'est à dire qui ne coule pas de source, qui n'existe que par son exégése, par son commentaire, ce qui fait penser aux époques où l'on ne devait lire la Bible qu'au travers de ses gloses, de ses interprétations, évitant de se retrouver face au texte brut, truffé d'aspérités.

Se pose, dans la foulée, la question cruciale des rapports entre astronomie et astrologie dont le dernier avatar est bien la fameuse échéance de 2012. (voir notre interview d'André Dufour, sur teleprovidence). Dans "2012 le retour du féminin", Christine R. Page, (Ed. Alphée-JP Bertrand, 2009), l'auteur montre  jusqu'à quels excés peut aller une astrologie qui se brancherait directement sur l'astronomie, ce qui est très tendance. On nous explique que nous approchons d'une date très importante pour l'histoire de  l'univers, ce qui devrait marquer....un tournant majeur pour celle de l'Humanité. On s'installe ici dans une sorte de sophisme: l'astrologie est liée à l'astronomie, donc tout ce qui est significatif au niveau astronomique a son corollaire en astrologie. Que nenni!

Conclusion bien imprudente! Pour que ce qui se passe dans l'univers ait des incidences sur le sort de l'Humanité encore faut-il que la dite Humanité ait lié son sort à l'univers. Elle l'a fait mais dans des conditions particulières, à une époque particulière et cela n'a pris effet que par la répétition, la récurrence, ce qui n'est d'évidence pas le cas pour l'échéance de 2012.

Un autre malentendu concerne la Lune, dont Christine Page traite savamment. Cet auteur en arrive à définir la femme comme lunaire et l'homme comme solaire.:

"Le côté masculin  donne à notre monde structure et stabilité, principalement à travers les régles, les lois  et croyances tandis que le côté féminin assure le mouvement et l'opportunité, en grande partie par la créativité, l'inspiration et l'intuition"   (p. 51)                                                                                                            

C'est tout le contraire, bien entendu! C'est l'homme qui est mouvement, qui initie les choses et c'est la femme qui leur confère une forme aboutié, achevée!

En fait, la lune, selon nous, serait masculine, c'est elle qui va rejoindre périodiquement le soleil, en une sorte de coït qui a lieu 12 fois par an, étant entendu que cela se fera avec 12 femmes différentes, dans une logique polygamique. La lune est masculine, tout comme  son correspondant Saturne, qui porte les mêmes chiffres qu'elle, les quatre étoiles royales étant le facteur féminin, que la planéte va rejoindre tous les 7 ans. Les Allemands, à juste titre, disent "die Sonne" (F) et "der Mond" (M). La Lune n'est donc pas, comme on le voit dans le dispositif des domiciles  à placer à côté du soleil mais bien à son opposé aux côtés de Saturne, régnant sur la nuit et l'hiver, du dieu Pluton (sans parler ici de la "planéte"). Toute conjonction devrait connecter un astre masculin et un astre féminin.  Rappelons l'importance, pendant des siècles, du rapport Jupiter-Saturne mais cette fois Saturne "attend" Jupiter alors que dans la conjonction Saturno-étoile fixe royale, c'est Saturne qui est l'astre rapide, comme c'est d'ailleurs le cas des cycles Saturne-Neptune etc qui connectent une planéte visible; Saturne et une planéte invisible.

D'ailleurs, quand on y réfléchit, l'influence de la lune  est infiniment moins perceptible que celle du soleil, au niveau des saisons, du climat, du jour et de la nuit,  ce qui accentue son côté masculin, aussi discret et fugace que la procréation..

L'astrologie soli-lunaire est une proto-astrologie qui instaure une division en 12 (mois)  qui est bien moins évidente que la division en 4 (saisons) et qui esquise déjà une astrologie dépassant le champ de l'astronomie en  introduisant dans nos représentations certaines données astronomiques et en  en négligeant délibérément d'autres.

Autrement dit, contrairement à ce qu'affirment la plupart des astrologues, le soleil serait une valeur féminine et la lune une valeur masculine, la Lune étant donc prioritaire dans le thème des hommes, pour ceux, du moins, qui relient les deux sexes aux deux luminaires. Nous dirons que la Lune est en systéme avec Saturne, ce qui expliquerait éventuellement pourquoi elle apparait dans les résultats Gauquelin aux côtés de Vénus, de Mars, de Jupiter et de Saturne, le soleil se trouvant exclu car le soleil est pré-astrologique et reléve d'autres lois

Que dire alors de cette astrologie divisant en 12 le zodiaque mais ne se servant même pas de la lune pour opérer cette structure puisque le début du mois, sauf dans les pays qui suivent le calendrier lunaire- mais le calendrier solaire est de nos jours de plus en plus dominant? La moindre des choses serait de partir de chaque  rencontre de la lune et du soleil, ce qui revient à recourir à un signifiant authentique et non à un discours décalé qui vient se plaquer en tant que signifié, c'est à dire en tant que convention. Certes, tout signifiant, pris isolément, se voit attribuer un signifié arbitrairement. En revanche, ce n'est pas le cas de ses dérivés, découlant d'une même racine lesquels ne sauraient s'éloigner du sens accordé au signifiant matriciel dont ils dépendent, relévent. Or, une langue n'est pas une juxtaposition de mots mais s'articule autour de quelques mots racine autour desquels se placent ceux qui n'en sont que la déclinaison, sans existence propre.

Certes, on nous objectera que la lune n'est que le reflet du soleil, ce qui expliquerait qu''elle soit un attribut féminin mais il semble bien que les Anciens ignoraient ce phénoméne. Ne soyons pas anachroniques!  Pour eux, le fait était que la lune rejoignait périodiquement le soleil lequel une fois le coit réalisé pouvait à nouveau s'en éloigner, laissant la femme prendre le temps de mener à bien l'enfantement. Cela présuppose que ce ne soit jamais le même soleil qui soit ainsi pénétré par une seule et même lune. Comme on dit, le marin a une femme dans chaque port. Et de fait, quelle différence entre le soleil d'hiver et le soleil d'Eté alors que la lune, elle, ne change, n'affecte  pas le climat au fil de ses passages successifs!  C'est donc bien la lune qui entre dans chaque mois bien spécifique. Autrement dit, pour les Anciens, selon nous, le signifiant solaire était indissociable des variations de sa  chaleur.

L'astrologue ne saurait faire l'impasse sur la question du masculin et du féminin, dont le traitement dans la littérature astrologique est souvent bâclé. Bien des astrologues reconnaissent qu'ils n'en tiennent compte non pas a priori, c'est à dire avant de faire le thème mais a posteriori, dans le choix des facteurs significatifs mais  même sur ce point, rien n'est clair car selon nous, c'est le soleil qui est féminin et la lune qui est masculine. Il est urgent que l'on s'entende à ce sujet. L'homme s'épanouit dans la multiplicité de ses initiatives, ce qui l'empêche de se polariser sur une seule en la conduisant à son terme, l'homme a un certain penchant pour le lâcher prise, quitte à lâcher la proie pour l'ombre. La femme, en revanche, est certes réceptive mais de façon ponctuelle: une fois qu'elle a reçu quelque chose, elle le gére dans le long terme. Et c'est bien pour cette raison que l'homme doit multiplier les émissions au fur et à mesure de sa créativité dans la mesure où  une fois que la femme a reçu ce qu'elle devait recevoir, elle tend à se fermer au changement. On l'observe dans le milieu astrologique avec ces astrologues qui adoptent un systéme et qui, ensuite, n'en démordent plus. La réceptivité féminine est ponctuelle, l'émission masculine est toujours en quéte de nouveaux récepteurs, dans une logique que l'on ne peut que qualifier de polygamique, ce qui signifie que la même source alimente et irrigue de nombreux terrains.







JHB

16.05.09