Apprendre à dire "non" à l'astrologue.
par Jacques Halbronn
Apprendre à dire "non" à l'astrologue.
par Jacques Halbronn
Et si l'important n'était pas que le client accepte et se reconnaisse dans ce que l'astrologue lui (pré)dit mais, au contraire, qu'il le rejette et le refuse (cf notre intervidéo avec Ashti Tousignant, à Montréal, à paraitre durant l'Eté, sur http://www.teleprovidence.com)
N'est-il pas vrai, en tout cas, que l'un des problèmes dont souffrent les gens est la difficulté à refuser ce qu'on leur donne et qui parfois est un cadeau empoisonné. Présenter quelque chose, c'est en faire présent.
En discutant avec certains astrologues, nous nous sommes demandé si l'enjeu ne serait pas de développer, de ranimer la faculté passant par un rejet de ce que l'on a d'abord accepté? L'astrologue offrirait à son client un propose censé le concerner et le client serait conduit non pas à l'accepter mais à le refouler.....
En quelque sorte, par un excès de proposition, l'astrologue parviendrait à déclencher, à réenclencher, chez son "consultant", un réflexe de conservation face à une invasion dont il serait l'objet. Il y aurait un réflexe de saturation.
D'ailleurs, quand en astrologie, on parle de "dépassement " du thème, affirme-t-on autre chose, au bout du compte?
Précisons que celui qui accepte ce qui ne lui convient pas court des risques que le rejet s'effectue à un autre niveau, beaucoup plus critique. On passe alors du conscient au subconscient mais le subconscient tôt ou tard vivra mal ce que le conscient a laissé passer. Notre équilibre passe par une entente entre ces deux plans. Mais on ne peut se fier seulement au subconscient pour nous protéger car il intervient souvent quand il est bien tard.
On aura compris que le client de l'astrologue, celui qui est précisément disposé à accepter ce qu'on lui donnera est marqué par une certaine imprévoyance quant aux conséquences de ce qu'il endosse.
Il serait malheureux que l'astrologue s'illusionne à ce sujet et y voit la preuve de la valeur de ce qu'il offre.
Quant aux enjeux scientifiques liés à la pratique de la consultation astrologique, sur la base du thème natal, rien ne prouve que cela ait quoi que ce soit à voir avec le cosmos, si ce n'est sous une forme symbolique tout comme Mardi est le jour de Mars et ainsi de suite.... Ce n'est pas parce que l'astrologue se sert de données astronomiques qu'il démontre qu'il y a un lien entre le cosmos et l'Homme.
ll serait bon d'ailleurs que l'astrologue ait lui-même renforcé sa faculté à dire "non", à commencer par le refus d'un corpus astrologique pléthorique et somme toute difforme du fait de la boulimie....
On nous dit que l'astrologie explique ce que nous sommes. Nous dirons plutôt qu'elle donne du "prêt à être" comme on dit "prêt à porter" ou "prêt à manger", ou "prêt à penser"; elle donne de l'avoir à être. Mais ce que l'on nous donne sera toujours de l'avoir et non de l'être.
Il convient notamment d'identifier le traumatisme qui aura conduit à démanteler le système de défense de la personne et non pas d'abuser de ses faiblesses pour "prouver" l'astrologie de façon tout à fait vaine d'ailleurs, vues les circonstances..
Au niveau psycholinguistique, nous ferons remarquer qu'il faut très peu de choses pour passer de l'affirmatif au négatif, on ajoute un petit mot (not, pas etc) et l'on dit le contraire de ce qu'on aurait pu dire. Et vice versa, si l'on supprime la marque de la négation....
Or, selon nous, l'important en linguistique ne réside pas dans la diversité des dérivations - et le négatif en est une - mais dans le changement de racine. Autrement dit, on ne saurait opposer des mots au sein d'une même famille du seul fait que l'on a ajouté à tel mot tel qualificatif, tel adverbe, tel pronom ou prénom. On est là dans un harem où un seul facteur peut générer une grande diversité de significations de par ses partenaires, c'est à dire l'appareil morphologique.
Autrement dit: entre je suis grand et je ne suis pas grand, il n'y a pas beaucoup de différence au niveau du signifiant mais une grande à celui du signifié. Et la marge d'intervention de l'astrologue est de faire varier le signifiant par l'ajout de quelques qualificatifs et autres adjonctions mais il nous apparait que notre subconscient ne captera que le signifiant clef et non les additions que celui-ci aura à subir.
Ce qui compte en fait, c'est plus ce que nous avons que ce que nous sommes. Nous avons un corps, nous ne sommes pas un corps, nous avons une certaine langue....nous sommes responsable de ce que faisons à ce corps dont nous avons la garde; de cette société dont nous sommes membre. Or, par nos propos, par ce que nous acceptons de recevoir en nous et de transmettre à autrui, nous interagissons avec ce que nous avons.
L'astrologue n'est pas censé ne se servir que de l'astrologie pour mener à bien ce qu'il est censé faire, du fait même de son titre d'astrologue. Ajoutons que sous le titre d'Astrologie, on peut mettre à peu près n'importe quoi, du moment que c'est rattaché d'une façon ou d'une autre à de l'astronomie ou du moins à une terminologie à conotation astronomique plus ou moins fictive. De même qu'un opticien va attirer à lui des gens qui ont un problème de vision, un astrologue verra venir à lui des gens qui ont un problème de prévision.
Pour notre part, nous pensons que les astrologues doivent être formés psychologiquement à leur métier et ne pas seulement recevoir un bagage. Il faudrait se demander si l'astrologue n'est pas un bavard qui ne sait pas tenir sa langue et qui dit ce qui lui passe par la tête par opposition au psychanalyste qui contrôle mieux son propos, qualitativement et quantitativement.
On se demandera enfin si l'astrologie ne sert pas plus à l'astrologue qu'à son client en lui donnant matière à s'exprimer....
Dès lors que l'astrologue a une clientèle de gens qui ne savent pas ce qui leur convient et ce qui ne leur convient pas, il ne saurait faire comme si de rien n'était et doit entamer une rééducation de celui qui est devenu son patient. L'astrologie doit dans certains cas servir de repoussoir tant par ses fondements généraux discutables que par ses propositions trop personnelles à l'endroit des uns et des autres..Rappelons que les conseilleurs ne sont pas les payeurs...
JHB
20. 06. 09