Douze heures d'avion plus tard nous voilà de retour en France, après un voyage de trois semaines en terre nippone dont quelques photos sont ici. Ce que j'appellerai la "transition humaine" est très rude : on est passés d'un pays où n'importe quel inconnu dans la rue est prêt à vous aider à quelque chose de beaucoup plus individualiste, et croyez moi je ne dis pas ça pour faire le type blasé qui revient du Japon. J'ai envie de raconter tous ces gestes anodins pour ne pas les oublier : cette dame de La Poste qui quitte son bureau pour nous accompagner dans la rue jusqu'à une boite aux lettres, une libraire qui procède de même pour nous amener sur le bon quai de gare, une tokyoïte qui vient spontanément vers nous à 23h00 pour nous aider, nous fait traverser une rue "à la parisienne" à un feu rouge (c'est elle qui l'a dit !) et nous serre dans ses bras au moment de nous quitter, un type qui s'est retrouvé avec nous coincé dans un train lors d'inondations à Honshu, et qui a pris le métro pendant trois-quart d'heure (en s'excusant ensuite de nous laisser car il allait au boulot !), un jeune japonais qui nous a aidé à traversé la nuit la gigantesque gare de Ueno, un dédale sans nom.... On a des dizaines d'exemples comme ça.
J'ai l'impression de quitter une des dernières civilisation humaniste tant le respect de la personne est au coeur des préoccupations des Japonais : un contrôleur s'incline devant les passagers à chaque fois qu'il pénètre dans un wagon, les femmes chargées de nettoyer le train arrivé à Tokyo salue ensuite les voyageurs qui pénètrent dans le shinkansen (le TGV). Les gens que vous sollicitez ont presque toujours le sourire, utilisent des formules de politesse, et n'ont qu'une crainte : ne pas pouvoir vous aider ! Du coup, je ne vous raconte pas la pression en ce qui nous concerne pour ne pas se moucher en public (comble de la grossièreté ) et plus généralement, pour ne pas jouer aux occidentaux de base ! Mon ami Aki nous a quand même rassuré en nous disant que Dragibus et moi-même étions "de vrais japonais" (pour la petite histoire il n'est pas du tout passionné par la robotique...).
Certes, tout n'est pas idyllique au Japon, mais quelle organisation ! Dans chaque gare, on peut trouver si on le souhaite une employée chargée de gérer les touristes étrangers, vous écrit sur un papier quel train prendre, l'horaire, le changement à effectuer, le quai... Dans un escalator, les gens se placent spontanément à gauche, tandis que sur la file droite les "salaryman" pressés courent pour aller travailler...
On vit dans un monde complètement aseptisé : a la gare de Tokyo, la plus grande du monde, pas un papier sur le sol aux heures de pointe... Si vous perdez votre porte-feuilles, vous avez 90% de chances de le ramener dans les innombrables offices des objets-trouvés...
La nuit, vous avez l'impression de pouvoir marcher des heures sans qu'il puisse vous arriver quoi que ce soit (il s'agit peut-être du pays le plus sûr au monde). Dit comme ça, j'ai l'air de vous dépeindre "1984" ou "le meilleur des mondes" d'Orwell mais curieusement j'ai ressenti un énorme sentiment de liberté à errer dans les villes à une heure du mat’ (enfin, moi en tout cas !).
En ce qui concerne l'aspect "technologique" : ça oscille entre le profondément esthétique (genre le monorail automatisé du quartier du futur) et le cyber-punk digne d'un "Akira" ! Quand je dis "cyber-punk", ça veut dire un engin qui semble vieux et déglingué, mais qui est super sophistiqué (mention spéciale au distributeur de billets-terminal de Minowa, avec ses gros câbles électriques qui pendouillent !). Un jour j'ai regardé dans un train high-tech un magnifique panneau en bois qui avait été incrusté dans une paroi : c'est pour moi symptomatique du Japon, un pays qui conserve ses traditions et sa beauté tout en inventant son propre futur technologique !
Je me sens un peu frustré de ne pas pouvoir partager avec vous tout ce qu'on a vécu tant il y aurait des choses à dire, je finirai juste par répéter ce que j'ai dit à Aki : le Japon n'a pas inventé le Boudhisme, le sabre, ou l'écriture, des trouvailles qui appartiennent à la Chine ou l’inde, mais les Japonais ont tout simplement assimilé ce qu'il y avait de mieux chez leurs voisins pour atteindre l'excellence, et un raffinement qu'on retrouve d’ailleurs dans leur cuisine ou leur Art... L'impression étrange que la France et le Japon vivent depuis de nombreuses années une belle histoire d'amour, de part leur points communs (un patrimoine culturel énorme, autour d'une table nous sommes de bon vivants, on aime faire la fête !) mais aussi de leurs différences fascinantes évidentes...
Vous l'aurez compris je suis de plus en plus dingue de ce pays, mais peut-il en être autrement quand on a été élevé avec Goldorak, Albator, Ken le survivant et les Chevaliers du Zodiaque ?
Sayonara Gosaïmasu

