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      <title>Qui écrit l'histoire coloniale ?</title>
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      <pubDate>Wed, 5 Dec 2007 14:55:39 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://web.me.com/labor3/_Histoire/Histoire/Entr%C3%A9es/2007/12/5_Qui_%C3%A9crit_lhistoire_coloniale__files/fchs5.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://web.me.com/labor3/_Histoire/Histoire/Media/fchs5_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:260px; height:193px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt; </description>
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      <title>Population et politique en Algérie&#13;2500 ans de ruptures&#13;*&#13;*</title>
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      <pubDate>Sat, 14 Jul 2007 15:23:15 +0200</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;« Fondations et ruptures au sein des empires coloniaux français »&lt;br/&gt;Rencontre annuelle de la Société d'histoire coloniale française&lt;br/&gt;Wolfville, Nouvelle-Écosse (Canada) 1-4 juin 2005&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;History, Myth, and Political Demography in Algeria &lt;br/&gt;Chair and Comment: Ryme Seferdjeli, University of Ottawa&lt;br/&gt;Lecturer : Yves Montenay&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Résumé &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il s'agit d'une communication de démographie politique, discipline qui étudie les interactions de la géographie humaine, de l'économie, de la géopolitique et de la politique tout court. L'Algérie s’y prête particulièrement, car de l’origine à nos jours, les interactions entre démographie et politique ont été nombreuses et déterminantes et les statistiques convenables depuis la deuxième partie du XIXe siècle. En effet les destructions de l’Antiquité et du Moyen Age, la conquête, « l’indigénat », l’urbanisation, la politisation, la faiblesse puis l’accélération de la scolarisation, la guerre, l’indépendance, la guerre civile et les problèmes actuels ont de fortes composantes puis conséquences démographiques qui précipitent à leur tour les ruptures suivantes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La situation démo-culturelle permettra la conquête, laquelle va à son tour influer de façon profonde et variée sur les différentes populations, le phénomène principal, « la  mortalité exogène » puis son « endogénisation », ayant été certes enregistré statistiquement, mais à notre connaissance pas vraiment analysé. Il en découle un déroulement très particulier du schéma de « la transition démographique », qui est l’une des causes de la fin de la colonisation et de la violence qui l’a précédée et suivie. Une conséquence en a été  l’exode de 1962, qui a fortement pesé sur le développement du pays, ainsi que la vision lyrique, nationaliste et « pétrolière » de la démographie après l’indépendance et son interaction avec les choix politiques, économiques et culturels. Cela jusqu’à son renversement par l’obsession de la notion de fardeau démographique, qui va peser à son tour sur la vie économique politique et sociale.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;        Brief English summary&lt;br/&gt;« Political demography » describes the interactions between human geography, history, economy, geopolitics and pure politics. Algeria is an excellent subject for that, as the interactions between politics and demography have had the deepest consequences since 2.500 years, and as we have good statistics since the second half of the XIXth century. For example, colonization, decolonization and the civil war have demographic roots and consequences. The « exogenous » fall of mortality brought by the colonization drove the country to independence, the civil war and violence in general. The « endogening » of the sanitary behavior in the second half of the XXth century could have tampered the problem since the years 1960, but nationalism and a kind of welfare politics  (with oil money) postponed the “normal” evolution until 1986. Then, the economic failure of the “socialist” way, no more hidden since the drop of oil’s prices, provoked a dramatic turn and the obsession of the “demographic burden” witch may be also a political one.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Références : Démographie politique des pays arabes d’Afrique (doctorat, YM, Paris IV, 1994), La question du fardeau démographique (YM, IDP), « Économie, politique et démographie au Maghreb », Annuaire de l'Afrique du Nord n°39 (relatif à l’année 1999, avec mises à jour 2002), YM et Mehdi Lahlou, CNRS et La question de l'emploi en Afrique du Nord, Tendances récentes et perspectives 2020 : la relativité de la notion de fardeau démographique, sous presse et exposé au CREAD, Alger, juin 2004.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;PLAN&lt;br/&gt;1. Une démographie sanglante&lt;br/&gt;Depuis toujours&lt;br/&gt;Une porte ouverte à la conquête&lt;br/&gt;Une mortalité &quot;importée&quot;&lt;br/&gt;2. On efface tout et on recommence&lt;br/&gt;L'appropriation du progrès sanitaire&lt;br/&gt;Foin des &quot;fausses solutions&quot; !&lt;br/&gt;Chacun chez soi : femmes et fermeture&lt;br/&gt;3. Les nouveaux problèmes&lt;br/&gt;fardeau démographique ou politique ?&lt;br/&gt;En arrière toutes !&lt;br/&gt;Des enfants DÉCONNECTÉS&lt;br/&gt;Une démographie très politique&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;DEMOGRAPHIE POLITIQUE ET RUPTURES EN ALGÉRIE&lt;br/&gt;La démographie politique est une discipline au croisement de la géographie humaine, de l'économie, de la géopolitique et de la politique tout court. L'Algérie se prête particulièrement  à ce type d’approche parce que sa population a souvent été « duale » au sens de divisée en groupes contrastés et aux destins économiques et politiques divergents. Par ailleurs la relative osmose entre les 2 rives de la Méditerranée fournit depuis 1830 des données plus riches que dans d’autres pays du « Sud » (certaines de ces données sont rappelées dans cet article ; celles qui sont non sourcées viennent de l’IDP).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1 Une démographie sanglante&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Depuis toujours ...&lt;br/&gt;L’Antiquité nous a laissé une  image prospère de l’Ifriqiya, actuelles Tunisie et Algérie, précédée toutefois des drames découlant de la dualité Cartaginois-Numides, utilisée par les Romains, puis entre ces deux derniers, avec le destin de Jugurtha toujours enseigné aujourd’hui. Le Moyen Age commencera avec l’arrivée des Vandales, qui y gagneront leur réputation. Le retour « roum », via les Byzantins verra une autre opposition s’instaurer, à laquelle succédera celle entre Arabes et Berbères. Il faudra en effet un siècle pour que les nouveaux conquérants imposent par le sabre leur foi à une bonne part des populations chrétiennes, voire juives. Un siècle donc de conquêtes pied à pied et de dévastation corrélative du territoire, avec une opposition Arabes-Berbères qui n’est toujours pas entièrement dépassée 14 siècles plus tard. Cette conquête est très différente de celle du Proche Orient, passé intact des mains byzantines et perses à celles des Arabes à la suite de quelques batailles ponctuelles entre futurs et anciens « maîtres » dans la neutralité de la population.&lt;br/&gt;D’autres oppositions profondes vont tout au long du Moyen Age de nouveau ruiner l’économie et donc la démographie de la future Algérie. Sédentaires et nomades « locaux » et dynasties rivales sont en guerre quasi-permanente, mais ce n’est rien à côté des dévastations causées par les Beni Hilal, qui ravagent l’est et le centre du Maghreb pendant  350 ans. Les conséquences démographiques sont considérables : moins de cultures, donc moins de paysans, mais surtout pratiquement plus de citadins faute de surplus agricoles. Or  ce sont les villes  qui transmettent la mémoire tant « civilisationnelle » que religieuse. C’est la fin des communautés grecques et latines chrétiennes et héritières de la civilisation antique, voire de l’élite musulmane ou juive qui fait pendant ce temps la splendeur de la Syrie et de l’Andalousie.  C’est le repli de ce qui reste des paysans berbères dans les montagnes. Un voyageur arabe notera : «  les ruines nous montrent qu’il y avait ici de belles villes ». Le Maghreb est ainsi largement à l’écart de la période glorieuse proche orientale et andalouse des premiers siècles du monde musulman. La réaction religieuse qui suit cette époque entraîne une fermeture générale et une stagnation qui durera jusqu’à l’arrivée des Européens. L’écart économique et démographique, donc militaire, va se creuser avec l’Europe du nord-ouest et en particulier avec la France.&lt;br/&gt;Les siècles qui suivent apportent leurs lot de conflits : les villes littorales maghrébines, de Djerba à Mogador, connaissent de nombreux changements de mains sanglants entre chrétiens venus de la rive nord et musulmans de l’intérieur ; celles qui y échappent subissent les bombardements des flottes chrétiennes en représailles des razzias. Alger sera d’abord un îlot  espagnol fortifié (Al Jezira : « l’île »). Dans l’intérieur, les Turcs doivent souvent envoyer la troupe pour récupérer le tribut . Et les divers gouvernants n’ont pas le souci du « développement » : faute de routes, tout à-coup climatique local déclenche la disette, et les populations affaiblies sont la proie des épidémies, tandis qu’une forte proportion de mères meurt en couches. L’espérance de vie aurait été alors inférieure à celle de l’Antiquité. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une porte ouverte à la conquête&lt;br/&gt;C’est peut-être tout simplement ce vide démographique qui est la cause profonde de la colonisation. En 1830, la France a une trentaine de millions d'habitants. Nul ne sait combien en a la future Algérie (de 1,5 à 3,5 millions ? Une estimation de 1845 donne 2,028 millions de musulmans). De toute façon c'était un pays considéré comme vide : on se bat d'abord contre les Turcs, effectivement peu nombreux. Les Arabes sont peu visibles, comme le montent les dessins des Français découvrant Alger dans les années qui suivent la conquête. On rencontrera plus tard des &quot;tribus&quot; arabes ou berbères, puis des bédouins dans la campagne, la montagne puis le désert. &lt;br/&gt;Le vide relatif de la Mitidja, pour cause notamment de marécages, illustrera le contraste entre les campagnes françaises et algériennes. La colonisation rêvera ainsi quelque temps d’une majorité européenne, surtout après l'abandon, après la chute de l’empire, de l'idée de &quot;royaume arabe&quot; lancé par Napoléon III qui se fait honnir des &quot;républicains&quot; locaux en déclarant : &quot;vous ne pourrez rester dans ce pays qu'avec l'accord de la majorité de sa population&quot;. La république va lancer une politique d'immigration au succès limité. Viendront principalement des Corses, alors très « méditerranéens »  et accessoirement des Alsaciens-lorrains fuyant l’Allemagne. Les autres Français seront peu nombreux, car contrairement aux autres pays européens, il n’y a pas « d’explosion démographique » en France). La République aura aussi une politique d'assimilation des autres Européens et de la communauté juive, qui aura davantage de succès et aboutira à la « création » des Pieds-noirs, de tradition plus communautariste que les Parisiens.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une mortalité &quot;importée&quot;&lt;br/&gt;La population musulmane avait, comme toute population au même stade de développement, une forte fécondité qui compensait une mortalité très élevée. Les deux étaient liées, car il faut que beaucoup d’enfants naissent pour qu’il en reste un s’occupant avec sa femme des parents une fois âgés (en fait, il faut qu’il en reste deux, la fille survivante étant statistiquement échangée contre la femme du fils). Puis quand un pays se développe et que sa mortalité baisse, la fécondité peut baisser à son tour : si la mortalité des jeunes est nulle, il suffit de deux naissances pour que les parents soient rassurés.&lt;br/&gt;Or l'administration coloniale fait fortement baisser la mortalité musulmane, assurant le déroulement normal des transactions courantes et les transports, facilitant ainsi la croissance de la production agricole des régions excédentaires en leur assurant des débouchés. La dernière famine connue date de 1867 ; l'administration multiplie les vaccinations à partir de 1890 et forme des sages-femmes qui remplacent les matrones. On pouvait donc s’attendre à ce que la fécondité baisse aussi.&lt;br/&gt;Mais pendant plus d’un siècle, la baisse de la mortalité algérienne n'a pas entraîné cette baisse corrélative de la fécondité. Cela vient à notre avis du fait que l’amélioration sanitaire n’était pas la conséquence d’une évolution interne de la société (contrairement à ce qui se passait en France à la même époque, où fécondité et mortalité baissaient parallèlement au fur et à mesure de l’évolution politique et sociale). En Algérie, c’est « l’extérieur » qui a déclenché la baisse mortalité d’une population musulmane isolée de fait et de droit (code de l'indigénat). Symétriquement, une bonne part des musulmans, ruraux et non scolarisés, n’avaient sans doute pas envie de « se moderniser ». On assiste à l’addition de deux communautarismes, sous l’œil parfois plus universaliste et libéral des fonctionnaires venus de la métropole. De plus, dans la communauté musulmane, certains liens importants entre baisse de la mortalité et de la fécondité étaient beaucoup plus faibles qu’en France : la population musulmane était rurale et la scolarisation ainsi que le « travail extérieur urbain » des hommes, et plus encore des femmes, très peu répandus. &lt;br/&gt;Cette analyse nous paraît plus pertinente que celle des nombreux Français et d’Algériens qui estiment que cette forte fécondité est liée à l’islam. Cette opinion est en effet contredite par l’évolution d’autres pays musulmans et l’absence d’injonction religieuse générale : on peut trouver dans les textes traditionnels de quoi conforter des opinions opposées en matière du nombre souhaitable d’enfants.&lt;br/&gt;Mortalité et fécondité divergeant, la population de cette communauté double, une première fois vers 1914 et une seconde fois vers 1960, rendant illusoires les rêves de « colonisation démographique ». On a ainsi une première action profonde de la politique sur la démographie, et un choc en retour non moins profond de la démographie sur la politique. Le futur président de Gaulle aurait d’ailleurs remarqué que la rapidité de la croissance musulmane non seulement rendait l’intégration impossible mais inverserait à terme la majorité d’une France « de Dunkerque à Tamanrasset ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2 On efface tout et on recommence&lt;br/&gt;L'appropriation du progrès sanitaire&lt;br/&gt;Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le cumul des coupures entre les communautés s’atténue : la scolarisation et l'urbanisation des musulmans commencent à devenir significatives, et s'accélèrent avec le plan de Constantine, tandis qu’avec des arrières pensées variées l’égalité entre communautés progresse largement, symbolisée par le vote. Le nombre, et donc l’évolution démographique antérieure, pèse alors de tout son poids et est une fois de plus un des grands facteurs de rupture. Rappelons que nous traitons ici des interactions entre démographie, économie et politique, et non des motivations ou des souhaits des uns et des autres.&lt;br/&gt;L’indépendance va accentuer l’évolution  : la quasi-totalité des non musulmans part en 1962. La santé devient l’affaire de la nouvelle administration qui lance des programmes ambitieux et bénéficie de la coopération française et celle, moins appréciée dit-on, des pays soviétiques. L’argent du pétrole finance une économie étatisée et la mise en place d’une vision nationale, qui introduit certes de nouvelles coupures internes, mais qui, dans notre domaine, généralise l’appropriation de la santé. On le constatera avec la reprise de la baisse de la mortalité à partir de 1979, malgré la diminution progressive de l’effort gouvernemental, ce qui laisse supposer, comme dans d’autres pays africains, une « surcompensation » par les progrès des comportements individuels, notamment en matière d’hygiène, ce qui témoigne de «l’intériorisation » de la modernisation sanitaire. &lt;br/&gt;Du point de vue de la vérification statistique, plus que la mortalité générale tirée vers le bas par la forme de la pyramide des âges, c’est l'espérance de vie à la naissance et surtout de la mortalité infantile qui sont significatives. La première passe d’environ 50 ans à l’indépendance à 70 ans vers 2003 ; la seconde passe de 154 pour mille  en 1965 à 54 en 1997 en 2003. Il devient inutile d'avoir 7 ou 8 enfants pour avoir une grande probabilité d’en garder deux pour les vieux jours. Pour cela 2 ou 3 suffisent. Le préalable à la baisse de la fécondité est levé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Foin des &quot;fausses solutions&quot; !&lt;br/&gt;Pourtant cette baisse ne démarre nettement qu’en 1986, première année de l’effondrement des recettes pétrolières, alors qu’en Tunisie et au Maroc, malgré les innombrables points communs entre les trois pays, elle a « normalement » lieu en s’amorçant dès le début des années 1970. Mais en Algérie, les ruptures politiques et économiques vont peser sur la démographie.&lt;br/&gt;Pour commencer, les &quot; politiques de population &quot; sont différentes. En Tunisie, nous avons le dispositif de limitation des naissances le plus complet et le plus précoce du monde arabe. La politique marocaine de population est également bien réelle, et a été lancée dès 1966. Mais l’état d’esprit est inverse en Algérie : le président Boumediene aurait suivi la montée des naissances pour fêter le moment où elles dépasseraient celles de la France. Ce président était d’ailleurs plus représentatif de la partie traditionaliste de la population que de la bourgeoisie urbaine largement francophone qui règne alors en Tunisie et dans une certaine mesure au Maroc. Cette « réaction » algérienne, qui touche aussi les domaines linguistique et religieux, est en général attribuée à la violence de la guerre de 1954-62 ; avec le recul, l’on peut se demander si la causalité n’était pas partiellement inverse.&lt;br/&gt;Ainsi, contrairement à ses voisins, l'Algérie a longtemps été nataliste. Dans son fameux discours du 20 juin 1969, le président Boumediene avait rappelé : “ nous ne sommes pas partisans de fausses solutions comme la limitation des naissances&quot; (la « vraie solution»  étant le socialisme). En 1974, lors de la conférence de Bucarest, la délégation algérienne à la tête du &quot;groupe des 77&quot; (celui des pays &quot;non-alignés&quot;) insiste sur ce point. C'est également l'année qui suit le premier choc pétrolier, donc celle de l’euphorie politique et financière. &lt;br/&gt;Mais la politique de population n’explique pas tout. En Egypte, pays qui n’est pas sans traits pratiques communs avec l’Algérie, la « politique de population » proclamée y était inverse, avec un programme de planification familiale datant de 1964 et appuyé par la hiérarchie musulmane. Cela fut plus que compensé par les conséquences d’une  politique économique influencée, comme en Algérie, par le modèle soviétique. Cette politique avait des conséquences natalistes du fait de la &quot; dissimulation &quot; des coûts (et notamment de ceux de l'enfant) : subventions alimentaires, blocage des loyers ... auxquels on peut psychologiquement rattacher une garantie des revenus (a posteriori illusoire) par embauche massive dans la fonction publique et les secteurs nouvellement nationalisés. Cette politique avait aussi pour effet d’enfoncer ces pays dans le sous-développement, phénomène qui en nourrira d’autres et notamment l’action caritative des islamistes et le succès de leurs prêches anti- corruption. Ainsi, l’orientation économique alors choisie en Égypte et en Algérie a retardé la baisse de la fécondité par rapport aux pays non-rentiers et à économie plus « rude », du moins tant que la distribution des rentes (multiples en Égypte, pétrolière en Algérie) nourrissait le système.&lt;br/&gt;On constate à cette occasion que les politiques de population ne sont (pour partie) qu'un outil que les ménages n'utilisent que lorsque les y pousse l'évolution socio-économique. Cela est également illustré par l’impact démographique de la scolarisation féminine. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Chacun chez soi : femmes et fermeture&lt;br/&gt; A partir des années cinquante est proclamée partout la priorité à la généralisation de l'enseignement, filles comprises, en rupture avec l'usage séculaire dans les pays musulmans. Les taux de scolarisation primaire et secondaire deviennent démographiquement déterminants, dans un premier temps en accroissant le coût de l'enfant, dans un deuxième temps en retardant les mariages, enfin en &quot; produisant &quot; des parents avec un comportement socioculturel différent : le nombre moyen d'enfants par couple est, en Algérie comme ailleurs, fonction du niveau d'instruction des mères. Plus généralement, la scolarisation de l'entourage des enfants (parents, aînés ...) est un facteur de baisse de la mortalité infantile et de la fécondité. Or les jeunes parents d'aujourd'hui ont été assez largement scolarisés dans les années 1970/1975. La période nataliste de l’Algérie avait donc en gestation des forces de sens inverse qui pourront jouer à partir de 1986.&lt;br/&gt;Mais la scolarisation n’est pas tout et « le développement féminin » intègre également le statut juridique ou traditionnel de la femme et son travail à l'extérieur. En particulier, l’évolution du « statut pratique » ne passe pas forcément par la scolarisation, ce qui conduit à une autre composante du développement féminin, le travail à l'extérieur. L’importance démographique et culturelle de ce travail extérieur et surtout son relatif découplage avec la scolarisation sont souvent moins mentionnés que son importance économique. Or ce travail extérieur est une résultante, non pas de la scolarisation, mais de l'ouverture économique, elle même hautement politique et délibérément refusée en Algérie jusqu’en 1994 (et retardée depuis par la guerre civile et l’opposition de certains milieux). En effet, l'offre de travail extérieur féminin se manifeste certes dans l’enseignement où il nécessite de bonnes études, mais aussi dans le secteur concurrentiel et en particulier dans les entreprises de style international par leur capital, leurs clients ou leurs cadres, qui, à Casablanca par exemple, ouvrent aussi leurs portes aux ouvrières analphabètes ou peu scolarisées. En Tunisie, c'est l'ouverture aux implantations étrangères qui a rendu majoritairement féminine la main d’œuvre tunisienne dans l'industrie manufacturière ou les services hôteliers. Par contre, dans l'Algérie “ rentière ” d'avant 1986, la demande de travail extérieur féminin est moins vitale, et l'offre est moins forte, non seulement faute d’entreprises étrangères, mais aussi du fait des choix politiques en faveur de l’industrie lourde. &lt;br/&gt;Autre facteur politique, le fait que les traditionalistes sont conscients de ce que l’ouverture économique favorise l'émergence d'alternatives aux mariages précoces et à la procréation comme voie de réalisation personnelle des femmes. La résultante de tout cela est que le taux d’activité des Algériennes est un des plus faible du monde (7,5 à 13 % selon les sources dans les années 1990) On ne peut à ce stade manquer d’évoquer les différences intermaghrébines relatives au &quot; statut de la femme &quot;. Les Tunisiennes sont &quot; pionnières &quot; dans ce domaine, tant pour ce qui concerne le droit que la pratique. Au Maroc, la diversité sociale et culturelle et surtout le fossé rural-urbain, particulièrement profond pour ce qui concerne la condition des Marocaines, impose un exposé nuancé sur l'égalité des sexes, juridiquement améliorée par la réforme de 2003. En Algérie, la promulgation en 1984 du code de la famille a déclenché les réactions que l’on sait, et la réforme de 2004 a été extrêmement timide.&lt;br/&gt;La présence d’entreprises d’industries légère et de services, a fortiori si elles sont « de style étranger », n’est qu’un cas particulier de « l’ouverture » en général. Cette ouverture peut être facilitée ou freinée par la politique gouvernementale, mais ne lui est pas nécessairement liée (les &quot; paraboles &quot;, Internet et les contacts avec l’importante « colonie » résidant en France ou en Europe, constituent d’importants vecteurs d’ouverture, quoique ne diffusant pas toujours ce qui serait souhaité par les pouvoirs). Or la politique économique algérienne s'est située beaucoup plus bas sur l'axe du &quot;libéralisme&quot; économique que celle les pays frères (la Syrie et l’Egypte s'en rapprochant toutefois). En particulier la France est restée moins présente économiquement et culturellement en Algérie qu’au Maroc et en Tunisie (où il faudrait ajouter respectivement les proximités espagnoles et italiennes, notamment télévisuelles) tandis que certains courants politico-culturels poussaient beaucoup plus à la fermeture culturelle qu'en Égypte, Maroc et Tunisie. &lt;br/&gt;Les conséquences de ce moindre libéralisme algérien sont très nettes pour ce qui concerne les flux touristiques, dont l'influence (y compris celle des comportements démographiques) est d'autant plus importante qu'il y a peu de barrière linguistique entre Maghrébins et voyageurs francophones. Or ces flux sont tombés depuis longtemps à quasiment rien en Algérie, contrairement au Maroc et surtout à la Tunisie. Dans ce pays, la proportion touristes/population locale est la plus élevée et les italophones sont également massivement compris. Et le tourisme y est, ainsi qu’au Maroc, l’occasion de contacts individuels plus nombreux que, par exemple, en Egypte, où la proportion de groupes est plus forte, et la population plus monolingue. Nous avons là un ensemble de processus dont le jeu et l’interaction avec le politique ont joué un rôle important dans le retard, puis le brutal rattrapage de l’évolution démographique algérienne, avec ses conséquences sur les autres plans.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. 3. Les nouveaux problèmes&lt;br/&gt;Fardeau démographique ou politique ?&lt;br/&gt;La première conséquence et la plus souvent débattue du retard de la baisse de la fécondité en Algérie est ce qu'il est convenu d'appeler &quot;le fardeau démographique&quot;, c’est-à-dire l'augmentation rapide et massive des besoins en équipements matériels, logements, infrastructures dépassant les possibilités du pays. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet, estimant qu'il s'agit d'un problème à la fois bien connu et mal posé. En effet, l'augmentation rapide de la population dans des pays, même en développement, mais &quot;normalement &quot; gérés, est plus une opportunité qu'une charge, a fortiori dans le cas de l'Algérie qui dispose de ressources financières importantes. De plus ces pays bien gérés ont vu leur fécondité baisser très vite au fur et à mesure de leur modernisation. Enfin la baisse de la fécondité a diminué le nombre d’élèves à scolariser. Bref le fardeau nous semble plus politique que démographique. &lt;br/&gt;Quoi qu’il en soit, les manifestations de ce fardeau ont été une cause supplémentaire du tournant  démographique des années 1980&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En arrière toute !&lt;br/&gt;La fécondité algérienne  va en effet « décrocher » en 1986, et se rapprocher de celle de ses voisins maghrébins, pour tomber en 2004 au voisinage du niveau de renouvellement des générations. Là encore, le tournant est politique, avec l'arrivée du Président Chadli, qui succède à Houari Boumediene  en 1978. Dès 1979, les rédacteurs du plan quinquennal de 1980/1984 proclament que &quot;l'action de réduction active du taux de natalité est devenue une condition indispensable pour améliorer l'efficacité de la construction de l'économie... et répondre... aux besoins sociaux&quot;. Le deuxième congrès du FLN (1978/1979) évoque &quot;la nécessité ... d'aboutir à … un accroissement démographique en harmonie avec celui de notre économie&quot;. En 1982, le gouvernement obtient du Conseil Supérieur Islamique une fatwa en faveur de l'espacement des naissances. La campagne officielle s'intensifie à partir de 1984. A la conférence du Caire (septembre 1994), la position de la délégation algérienne reflète la politique officielle. &lt;br/&gt;Le changement d’état d’esprit au sommet se diffuse lentement, puis brutalement avec  le contre-choc pétrolier (1985) qui tarit la source du système de redistribution rentier. Une évolution analogue sur bien des points se produit parallèlement en Egypte, où la population se met à utiliser les moyens contraceptifs depuis longtemps à sa disposition. En Iran également, où la république islamique avait connu une phase populationniste, suivie, pour des raisons politico-pétrolières et éducatives analogues à celles de l’Algérie, par une réaction &quot;malthusienne&quot; : les déclarations gouvernementales et l'indicateur de fécondité ont varié similairement dans les deux pays. &lt;br/&gt;Si l’évolution algérienne était attendue, sa brutalité a surpris. Elle s’explique par le recul de l’âge au premier mariage : en une demi-génération, le recul est d’environ 10 ans. Ce recul est la conséquence, dans les classes moyennes, d’études plus longues et d’un premier emploi donnant plus d’autonomie aux célibataires ; le chômage et la crise du logement s’y sont ajoutés pour l’ensemble des jeunes. Ces difficultés touchent une part croissante des Algériens puisque les citadins étaient environ 5,4 millions en 1970 et 16 millions vers 1995, passant de 40 à 55 % de la population. Cette urbanisation est donc récente, et la baisse de la fécondité, faible autour de 1980, accélérée ensuite, lui est donc grossièrement parallèle après quelques années de décalage. &lt;br/&gt;A cet effet brutal du retard au mariage s’est ajouté progressivement celui de  la contraception, qui s'est largement diffusée notamment avec l'influence du modèle européen, via la télévision et les émigrés algériens en Europe : des témoignages insistent sur leur rôle dans la diffusion des idées et techniques contraceptives, surtout à l’époque où elles n’étaient pas d’accès facile. De plus, la différence d'âge entre conjoints baisse depuis les années 1970, ce qui est généralement interprété comme devant mener à une meilleure participation de la femme aux décisions du couple, notamment face aux difficultés matérielles, avec pour conséquence un décrochage par rapport à la fécondité traditionnelle. Enfin, au-delà de la crise du logement, la vie en ville augmente le coût de l’enfant, qui est de plus en plus difficile à assumer dans un contexte de paupérisation continue. Ainsi, par exemple, le pli de la scolarisation ayant été pris pendant l’époque de prospérité, et son coût devenant moins supportable à partir de 1986, la seule solution était la réduction du nombre d'enfants. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Des enfants déconnectés&lt;br/&gt;Une autre conséquence de cette originalité algérienne (retard puis rattrapage brutal de la baisse de la fécondité) a été d’aggraver &quot;l'exceptionnel conflit de générations&quot;, qui a accru le nombre d'enfants et la durée de leur coexistence avec les parents . Cela alors que la &quot;génération de la guerre&quot; est toujours au pouvoir, et que son &quot;socialisme&quot; lui a donné des postes, alors qu'il en prive les jeunes aujourd'hui. Ces derniers ont ainsi été sensibles aux sirènes des islamistes dès les années 1980 et disponibles pour les appuyer à partir de 1990, jusqu’à ce que leur austérité et leur violence les en éloignent dans les toutes dernières années du siècle.&lt;br/&gt;Ce phénomène politico-démographique  n’est pas propre à l’Algérie, mais y est accentué par l’ampleur et la durée du &quot;pic&quot; démographique, par la coupure linguistique entre générations (parents analphabètes /enfants scolarisés en arabe littéraire ; parents francophones/enfants « analphabètes dans les deux langues » ...), le tout accentué par la fermeture générale. On connaît les conséquences politiques de cette nouvelle dualité, qui a elle aussi facilité le recrutement islamiste. Ses conséquences se prolongeront sous d’autres formes jusqu’à ce que la génération de 1985 s’efface de la pyramide des âges, donc bien après 2050.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une démographie très politique&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’histoire de l’Algérie est ainsi marquée par de puissantes interactions entre politique, économie et démographie. Elles ont facilité la colonisation, qui elle même a largement contribué à multiplier sa population par environ quinze en un peu plus d’un siècle, multiplication qui profondément rétroagi sur son destin. La dualité politique avant l’indépendance, les options gouvernementales ensuite expliquent le retard de la normalisation démographique, puis sa suspension pendant les années où le prix du pétrole était élevé, suspension ignorée par la Tunisie et le Maroc, déjà lancés dans des programmes de planification familiale. Cela illustre à la fois l'importance directe (niveau de vie) et indirecte (le financement de choix politiques et économiques qui auraient sinon été révisés plus tôt) du facteur pétrolier, ainsi que les effets de la fermeture économique et culturelle. L’actuel ralentissement démographique est trop récent pour avoir désamorcé les déséquilibres entre générations, qui feront encore sentir leurs effets pendants des décennies. &lt;br/&gt;Les progrès récents de la libéralisation économique, la fin de la guerre civile, la normalisation des relations avec la France et la remontée des prix du pétrole devraient néanmoins, s’ils sont durables, permettre à l’Algérie de profiter de la « fenêtre démographique » (moins de jeunes, encore peu de « vieux ») qui vient de s’ouvrir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Retour à la page ICEG, cliquez &lt;a href=&quot;../../ICEG/ICEG_/ICEG_.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; &lt;br/&gt;Retour à la page “Articles et communications”, cliquez &lt;a href=&quot;../../YvesMontenay/Articles_et_communications.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Saga coloniale</title>
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      <pubDate>Sun, 1 Jul 2007 09:58:21 +0200</pubDate>
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      <title>Liberté pour l'histoire</title>
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      <pubDate>Sat, 10 Feb 2007 06:14:02 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://web.me.com/labor3/_Histoire/Histoire/Entr%C3%A9es/2007/2/10_Libert%C3%A9_pour_lhistoire_files/angkor.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://web.me.com/labor3/_Histoire/Histoire/Media/angkor_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:256px; height:192px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;“Liberté pour l’histoire” est aussi une association fondée par René Rémond et présidée, après la disparition de ce dernier par Pierre Nora, appuyé notamment sur le plan juridique (car on en est là !!!) par Françoise Chandernagor. Pour en savoir plus, allez &lt;a href=&quot;http://www.lph-asso.fr/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; ou laissez moi un message à &lt;a href=&quot;Entr%25C3%25A9es/2007/2/10_Libert%25C3%25A9_pour_lhistoire_files/mailto%253Aiceg%2540noos.fr&quot;&gt;iceg@noos.fr&lt;/a&gt;.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;“Liberté pour l’histoire”  a été crée à l’occasion de la controverse sur”l’article 4” Voici la communication par laquelle je présentais cette controverse à des Africains et des Américains. En bas de cette page, vous pourrez accéder à d’autres textes sur des sujets connexes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;FRENCH COLONIAL HISTORY SOCIETY&lt;br/&gt;SOCIÉTÉ D’HISTOIRE COLONIALE FRANCAISE&lt;br/&gt;La guerre des mémoires et “l'article 4&quot; &lt;br/&gt;Yves Montenay, Dakar, 19 mai 2006&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Préambule&lt;br/&gt;Je tiens à dire à mes amis sénégalais que je suis particulièrement heureux de revoir leur pays, que le président Senghor, amis de ma famille, m’avait fait visiter en 1976 pour que je présente à ses citoyens le lancement du « planning familial » rendu nécessaire tant par l’explosion démographique que pour la santé des mères et des enfants. Comme je l’ai fait depuis, je profiterai de ce colloque pour écouter ceux qui me permettront d’améliorer la présentation du Sénégal que je fais à mes étudiants.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Communication&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’« article 4 » dont il va être question est celui de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 (J.O n° 46 du 24 février 2005 page 3128) portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Cette loi vise essentiellement à indemniser les harkis et leurs familles et à leur accorder une certaine reconnaissance de la part de l’État français qu’ils ont servi. Son libellé est le suivant :&lt;br/&gt;Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée.&lt;br/&gt;Ce n'est que progressivement que les enseignants s'y sont violemment opposés, les uns parce que, pour eux, la colonisation ne saurait avoir d'aspect positif, les autres parce que la loi n'a pas à définir la vérité historique. Par ailleurs, le texte de la loi, comme le contexte du vote montre qu’il s’agit d’une question intérieure française, qui se situe  dans le débat permanent (voir plus bas) de la mise en accusation du colonialisme comme critère, voire outil de la lutte politique interne (Yves Lacoste, en substance). &lt;br/&gt;Je rajouterais que ce débat se déroule dans une certaine confusion autour de la question coloniale, laquelle est transmise d’une part aux enseignants par les recherches universitaires et d’autre part, et, de manière souvent opposée, par les témoignages. Ces derniers, aussi imparfaits soient-ils, donnent une vue beaucoup plus concrète de la situation d’alors et de sa grande variété (Yves Lacoste, idem). Il est d’ailleurs relativement facile de compenser le caractère partial et partiel de chaque témoignage par leur variété en veillant à en recueillir dans tous les camps. C’est ce que je pense avoir fait de mon mieux en profitant des médias de toute tendance depuis 1954 et en recueillant des témoignages locaux ainsi que des témoignages familiaux remontant à la fin du 19e siècle et allant du communiste soutenant Ho Chi Min au nationalisme traditionaliste soutenant Diem, en passant par des racistes « ordinaires » et de purs techniciens sans opinion ayant travaillé en Afrique, à Madagascar et aux Caraïbes. J’ajouterais que des témoignages plus sereins publiés récemment (Benjamin Stora, Gilbert Meynier, général Giap …) montrent que nous n’étions pas si mal informé à l’époque à condition, bien sûr, de varier nos lectures et nos écoutes. &lt;br/&gt;C’est dans ce contexte national et personnel qu’il faut situer cette communication. En France, beaucoup d’intellectuels et certains partis politiques n’ont qu'une vue partielle et anachronique de la période de la colonisation (voir notamment mes interventions précédentes à FCHS). A ce titre, ils présentent une colonisation diabolisée, se caractérisant d'abord par le pillage économique et la répression, quitte à &quot;victimiser&quot; certaines populations. Signalons qu’une part de ces « victimisés » ressent comme concurrente la mémoire de la Shoa (Holocaust), profondément intégré dans l'enseignement officiel français et défendu par une communauté juive nombreuse (700.000 personnes ?). La concurrence entre ces deux mémoires est d'autant plus vive que les premiers sont en général pro-palestiniens, et les seconds en général pro-israéliens. &lt;br/&gt;Ce schéma est compliqué, côté « colonial » par la sensibilité des groupes dont nous mesurerons le poids, « rapatriés » (dont une bonne part de la communauté juive) et autres. Je me propose donc d'abord de développer les points ci-dessus et ensuite d'exposer le débat qui s'est terminé en France par la disparition de cet article. &lt;br/&gt;Le contexte&lt;br/&gt;Le débat sur le colonialisme en France s’inscrit dans le champ politique interne tout d’abord pour des raisons électorales.&lt;br/&gt;Les données électorales &lt;br/&gt;Rappelons d’abord que les électeurs éventuellement sensibles à ce débat sont nombreux dans tous les camps : de 1945 à 2004, la population de la France métropolitaine a connu un solde migratoire de 6 millions environ (les chiffres sont très imprécis). L’apport migratoire (7 millions ?) est plus important que ce solde, car les nouveaux venus ont fait souche. &lt;br/&gt;Il y a d’abord « les rapatriés ». Sur deux générations, ceux d’Algérie et leurs enfants  (les Pieds Noirs ») sont 1,5 million. Leurs homologues du Maroc sont 400 000, ceux de Tunisie 330 000, ceux d’Afrique sub-saharienne 330 000. Ceux venant d’Indochine ou d’ailleurs sont quelques dizaines de milliers. Il y a donc au total près de 3 millions d’ex-coloniaux résidant en France. Ils sont localement puissants et déclenchent dans leurs régions des commémorations &quot;coloniales&quot;. Ce sont eux qui, avec les harkis, ont obtenu le vote de &quot;l’article 4&quot;. &lt;br/&gt;Côté ex-colonisés, il y a, toujours en comptant les descendants, environ 1,8 million de personnes d’origine algérienne, dont peut être 250.000 harkis ,1,2 millions de « Marocains »,  450.000 « Tunisiens ». Il faut y ajouter quelques 500.000 sub-sahariens et au moins autant d’Asiatiques, surtout  Libanais ou Vietnamiens et Chinois d’Indochine, soit 4 millions et demi de personnes. Mais une bonne partie d’entre elles est psychologiquement ou politiquement proche des « rapatriés », que ce soit par opposition au régime de leur pays d’origine ou par « assimilation ». On peut penser à une bonne part des démocrates algériens ou vietnamiens, aux bourgeoises anticommunistes ou anti-FLN et aux Libanais ; de plus, outre les harkis, beaucoup de Vietnamiens et autres Indochinois ont servi dans l’armée française. Enfin beaucoup d’ex-colonisés ou descendants estiment que la colonisation est une histoire ancienne, et qui n’a d’ailleurs pas laissé que des mauvais souvenirs.&lt;br/&gt;Sur le plan électoral et médiatique, il faut aussi compter avec la masse des enseignants et des personnes de milieu intellectuel ou professionnel voisin, qui renforce considérablement le « camp » de ceux se ressentant victimes de la colonisation. Ce sont d’ailleurs les enseignants qui ont lancé le débat, se sentant directement visés.&lt;br/&gt;Le poids électoral, réel ou fantasmé, de ces différents groupes explique l’intervention des politiques dans le débat, vote des députés « des rapatriés » d’abord, réaction des partis de gauche ensuite et arbitrage final plus que prudent du président.&lt;br/&gt;La part des relations internationales&lt;br/&gt;Accessoirement, le contexte international a rajouté quelques passions : la condamnation par l’ONU du « colonialisme » français à Mayotte a décrédibilisé le discours anti-colonial, d’autant que l’île d’Anjouan a demandé le même traitement, au grand embarras de Paris. Les informations sur la situation actuelle de bien d’ex-colonies vont dans le même sens.&lt;br/&gt;A l’inverse, les nombreux Français, de droite comme de gauche, attachés aux bonnes relations avec l’Algérie ont été catastrophés par la controverse et ont poussé à son enterrement pour raisons diplomatiques, quelle que soit leur opinion sur le fond de la question. Et le président algérien a vigoureusement pesé dans ce sens. Les militants de la Francophonie ont eu une réaction analogue.&lt;br/&gt;Ces considérations diplomatiques ont pesé dans la décision finale d’abrogation.&lt;br/&gt;Les lois précédentes&lt;br/&gt;Le débat a été compliqué par les précédentes « lois de mémoire »&lt;br/&gt;La loi Taubira&lt;br/&gt;Cette loi (n° 2001-434 du 21 mai 2001, J.O n° 119 du 23 mai 2001 page 8175) a reconnaissant la traite et de l’esclavage comme que crime contre l’humanité &lt;br/&gt;Article 1er - La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.&lt;br/&gt;Article 2 - Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Comme « l’article 4 », cette loi s’attaque aux « programmes scolaires et (aux) programmes de recherche en histoire et en sciences humaine ». Cette loi divise les « anti-articles 4 », les uns y voyant un précédent qui, même justifié, affaiblit leur position, et donc à abroger également, les autres voulant son maintien.&lt;br/&gt;La loi Gayssot &lt;br/&gt;La loi Gayssot du 13 juillet 1990, concerne, elle, la mémoire de la « Shoah ». Ce texte, voté à l'instigation de l'élu PCF Jean-Claude Gayssot, complète la législation contre les «actes racistes, antisémites ou xénophobes» et réprime le négationnisme et la contestation de «crime contre l'humanité». Plus encore que la loi Taubira, puisqu’elle interdit et réprime, elle divise les « anti-articles 4 . Ainsi, le 21 janvier 2006 un débat sur les lois de mémoire au Club Pollens a illustré l’opposition entre les signataires de la pétition &quot;Liberté pour l'histoire&quot; (voir plus loin) et les défenseurs de la loi Gayssot.&lt;br/&gt;(&lt;a href=&quot;http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/lois-de-memoire/index-sans-SVG.html&quot;&gt;http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/lois-de-memoire/index-sans-SVG.html&lt;/a&gt;)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour être complet, il faut citer la loi du 29 janvier 2001 (relative à la reconnaissance du génocide arménien), qui, ne concernant pas la France, a fait moins de bruit. Il faut néanmoins rappeler l’importance de la « communauté arménienne » en France (difficile à évaluer du fait de son ancienneté) et, en sens inverse, le souci des relations avec la Turquie.&lt;br/&gt;Les débats&lt;br/&gt;Les médias se sont emparés de la controverse ; nous nous borneront ici principalement à aux pétitions.&lt;br/&gt;Les réactions et pétitions « dures »&lt;br/&gt;Plutôt que de se lancer dans une longue énumération, le plus simple est d’aller sur le site de la section de Toulon de la ligue des droits de l’homme : &lt;a href=&quot;http://www.ldh-toulon.net/&quot;&gt;http://www.ldh-toulon.net/&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;Ce site est une mine pour l’étude du mouvement « anti-article 4 » le plus dur et son idéologie. Remarquons en particulier qu’il y figure non seulement que la loi doit être abrogée, mais aussi qu’il faut entrer dans l’illégalité en ne la respectant pas. Rappelons qu’en France, les professeurs d’histoire de l’enseignement secondaire sont également chargés de l’éducation civique, donc d’enseigner le respect des lois. Rappelons aussi que certaines organisations musulmanes de France opposées à la loi interdisant le port du voile dans les écoles ont rappelé à leurs troupes qu’il fallait néanmoins la respecter, malgré une « sensibilité » contraire au moins aussi forte et intime que celle des « anti-article 4 ».&lt;br/&gt;Voici l’appel des historiens pour l’abrogation de cet article 4 publié par Le Monde du 25 mars :&lt;br/&gt;Il faut abroger d’urgence cette loi,&lt;br/&gt;-  parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité,&lt;br/&gt;-  parce que, en ne retenant que le « rôle positif » de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé,&lt;br/&gt;-  parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé.&lt;br/&gt;Les historiens ont une responsabilité particulière pour promouvoir des recherches et un enseignement&lt;br/&gt;-  qui confèrent à la colonisation et à l’immigration, à la pluralité qui en résulte, toute leur place,&lt;br/&gt;-  qui, par un travail en commun, par une confrontation entre les historiens des sociétés impliquées rendent compte de la complexité de ces phénomènes,&lt;br/&gt;-  qui, enfin, s’assignent pour tâche l’explication des processus tendant vers un monde à la fois de plus en plus unifié et divisé.&lt;br/&gt;(&lt;a href=&quot;http://www.manifeste.org/article.php3%253Fid_article%253D133&quot;&gt;www.manifeste.org/article.php3?id_article=133&lt;/a&gt;) &lt;br/&gt;On remarquera que ce texte est d’un ton très dur, que le souci de « liberté » n’y figure que pour un point sur six et qu’elle intègre au débat la question de l’immigration. On peut rapprocher ce dernier point de l’affaire des « indigènes de la République », mouvement qui relie, à tort ou à raison, le « malaise des banlieues » au passé colonial.&lt;br/&gt; Cette pétition a recueilli en trois semaines un millier de signatures. La demande a été reprise par l’Association des professeurs d’histoire et géographie, forte de 11000 adhérents, puis des Inspecteurs généraux, la LDH, la Ligue de l’Enseignement, la LICRA, le MRAP ... Cet appel a également suscité la création d’un collectif d’historiens qui s’est associé aux dénonciations de la multiplication des commémorations en hommage à l’OAS, comme celle prévue à Marignane le 6 juillet.&lt;br/&gt;La même mouvance lance la pétition des enseignants. Les titres des sites où elle est présentée son explicites : « nous n’appliquerons pas l’article 4 de la loi du 23 février. » « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies ! » :&lt;br/&gt;Ainsi la loi considère que la période coloniale, mis à part la conquête et la décolonisation, aurait été une période heureuse, faite de progrès et de civilisation. Le bilan de la colonisation française serait “ globalement positif ”. Plus encore il faudrait rendre hommage à ceux qui en furent les acteurs : colons, administrateurs, militaires, dans leur ensemble. C’est le retour du fardeau de l’homme blanc et de sa mission civilisatrice ! Alors que de jeunes historiennes viennent très récemment d’éclairer définitivement et incontestablement des aspects essentiels de la période coloniale en Algérie (torture systématique, justice, prostitution). Alors que nous sont désormais connus les aspects racistes de l’imaginaire colonial : “ zoos humains ”, exposition coloniale. Alors qu’un Livre Noir de la colonisation est disponible, alors que nos collègues universitaires étrangers en savent souvent plus sur notre histoire que nous... Comment est-il possible d’enjoindre aux enseignants de pratiquer un semblable révisionnisme ?&lt;br/&gt;Faut-il considérer que le travail forcé dans les colonies d’Afrique et d’Asie, la torture banale dans les commissariats et gendarmeries d’Algérie, même en dehors des guerres, le statut de l’indigénat, le double collège électoral, l’oppression économique, les déplacements de populations, les dévoilements forcés de femmes, le paternalisme généralisé, le pillage des biens culturels, faut-il considérer donc que tout cela doive être salué ou plutôt oublié, effacé, nié ?&lt;br/&gt;Quand bien même certaines réalisations des colons furent des progrès (routes, hôpitaux, rares écoles) elles ne justifient pas une vision béate et unilatérale de la colonisation.&lt;br/&gt;Cette loi doit être abrogée :&lt;br/&gt;• parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité. &lt;br/&gt;• parce que, en ne retenant que le “ rôle positif ” de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé.&lt;br/&gt;En attendant cette abrogation je m’engage à ne pas enseigner cette histoire officielle et révisionniste, à continuer d’utiliser les travaux des historiens pour présenter à mes élèves le bilan le plus proche possible de la réalité de la colonisation.&lt;br/&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ldh-toulon.net/article.php3%253Fid_article%253D589&quot;&gt;http://www.ldh-toulon.net/article.php3?id_article=589&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;On remarquera une présentation plus argumentée, mais sur un ton tout aussi  affirmatif quant à la description de la colonisation qui est « définitivement et incontestablement » analysée. On remarquera aussi la qualification indirecte mais nette de ses acteurs, l’invocation de la laïcité et l’appel au non respect de la loi. Le mot « immigration » ne figure par contre plus&lt;br/&gt;Dans le même esprit, à en juger par l’ordre du jour, est organisé à l’université Saint-Denis Paris 8 un Séminaire public :Fracture(s) coloniale(s) : Penser le postcolonial dans les sciences sociales françaises (&lt;a href=&quot;http://calenda.revues.org/nouvelle6645.html&quot;&gt;http://calenda.revues.org/nouvelle6645.html&lt;/a&gt;)&lt;br/&gt;Les pétitions « modérées »&lt;br/&gt;Le ton, et surtout la logique de ces proclamations allaient susciter un courant modéré se recentrant sur l’opposition à une vérité officielle et une définition neutre de l’histoire : ne pas préjuger de son contenu, ce qui serait tomber dans le travers que l’on reproche à la loi, et bien la distinguer de la morale et de la mémoire. Ce courant est illustré par la pétition Liberté pour l'histoire :&lt;br/&gt;Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants : L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.&lt;br/&gt;L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.&lt;br/&gt;L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.&lt;br/&gt;L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la  mémoire, elle ne s'y réduit pas. L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.&lt;br/&gt;C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives ? notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ? ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé de limites. Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.&lt;br/&gt;(appy.histoire.free.fr/nosliens.htm)&lt;br/&gt;On remarquera la variété des options politiques des signataires et leur notoriété (d’où sa désignation de « pétition des 19 ») : Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock&lt;br/&gt;On remarquera que ce texte s’attaque AUX lois dites « de mémoire » (et non au seul article 4), qu’il ne diabolise aucun acteur et surtout qu’il définit l’histoire comme explication et non comme exaltation ou condamnation, d’où la répétition des l’histoire n’est pas (la morale, l’esclave de l’actualité, la mémoire ... et cela sans l’idéaliser (l’histoire n’est pas une religion). Globalement, c’est une critique indirecte, mais très sévère des manifestations « dures ». Elle lance donc un débat entre opposants s’ajoutant à celui sur l’abrogation de la loi.&lt;br/&gt;Cette pétition a été accompagnée par de multiples textes dans le même esprit. On peut citer celle des Clionautes, qui a fait l’objet d’un débat aigu, avec les mêmes lignes de clivage que celles exposées ci-dessus : &lt;a href=&quot;http://www.clionautes.org/petitions/index.php%253Fpetition%253D3&quot;&gt;http://www.clionautes.org/petitions/index.php?petition=3&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;Réactions et mort de l’article 4&lt;br/&gt;Bien entendu, « les durs » ont réagi. Je me bornerai ici à citer une réaction à cette demande de l’abrogation des textes autres que « l’article 4 ».&lt;br/&gt;Certains collègues ne comprennent pas pourquoi nous ne soutenons pas l'appel des 19 personnalités demandant l'abrogation des lois (de mémoire) … Nous nous sommes mobilisés contre l'article 4 de la loi du 23 février 2005 car il impose des jugements de valeur (relevant donc de la mémoire) …. Aucune des autres lois citées dans « l'appel des 19 » n'avait franchi ce pas… Au lieu de se lancer dans une campagne qui va diviser la profession, nous mettre en porte à faux face aux organisations progressistes, mieux vaut réfléchir aux moyens de défense collective que nous pouvons mobiliser. Donc un texte qui (me) semble privilégier le positionnement politique (progressiste) sur la neutralité intellectuelle à laquelle s’attache la pétition « des 19 ». &lt;br/&gt;Ce débat sur les lois à abroger ou non reflète à mon avis la divergence sur la période coloniale, « définitivement jugée et condamnée » pour les uns objet d’études plus détachées et donc plus nuancées pour les autres. Les premiers veulent mettre l’accent de manière permanentes sur les crime et la nécessité de la repentance. Malgré l’immense littérature sur ce sujet, les lois, les programmes et les manifestations enfonçant ce clou, ils pensent que l’essentiel reste à faire, tel Gilles Marceron, historien, vice-président de la Ligue française des droits de l’homme et auteur d’ouvrages sur le colonialisme: « la France n’a pas encore abordé la véritable histoire de son époque coloniale ». Il en voit la trace partout : « Cette idée d’une jungle ou d’une forêt qui enserre le musée (des « arts premiers »), un lieu où l’on viendra découvrir le « continent noir », pose problème. C’est comme si ces autres continents étaient toujours sauvages, exubérants, dangereux et donc primitifs. Ces vieux clichés sont monnaie courante en France.(…). En fait, tout ce projet repose sur une vision colonialiste du monde ». Il préférerait un musée qui raconte sans fard l’histoire du colonialisme français. « pour une majorité de la population, le colonialisme a été positif. C’est tout simplement parce que le discours officiel n’a jamais dit autre chose ». Et si les souvenirs familiaux (et pas seulement ceux des rapatriés), les voyages et reportages y étaient aussi pour quelque chose ? Par ailleurs, ce genre de considération classe indirectement l’article 4 comme démagogique, ce qui est moins grave que l’accusation habituelle d’œuvre de « certains groupes » négativement connotés.&lt;br/&gt;Quoiqu’il en soit comme souvent en France, les intellectuels pèsent plus lourd que la majorité, et l’article 4 disparaît en janvier 2006. Les « durs » sont satisfaits mais insistent pour que cela n’escamote pas le débat nécessaire sur la colonisation, sur ses méthodes et sur ses séquelles et s’inquiète de l’article 3 qui prévoit la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie (site ldh-toulon.net). &lt;br/&gt;Des erreurs de fait, des ambiguïtés à lever&lt;br/&gt;Je pense que le débat a souffert d’erreurs de fait et d’ambiguïtés qui m’ont rappelé une autre époque. Je vais me borner à les signaler brièvement, leur discussion scientifique et sereine nécessitant de trop longs développements. &lt;br/&gt;Contrairement à ce qui est souvent écrit (La fracture coloniale, le site ldh-toulon et bien d’autres) l’histoire de la France coloniale et de la guerre d’Algérie n’ont pas été délaissées dans l’enseignement secondaire ni dans le grand public. La guerre d’Algérie est au programme d’histoire de terminale dès le début des années 80, en plus des chapitres sur la décolonisation, ainsi que les mouvements d’émancipation entre 1900 et 1939. Ils ont donné lieu à des sujets au baccalauréat et en juin 93, la manifestation des Algériens de 1961, deux ans après la bataille de Paris de J.L Einaudi.&lt;br/&gt;Une autre erreur de fait fort répandue en France et qui a faussé le contexte du débat, est la méconnaissance de la quasi-défaite militaire du FLN vers 1960-61 (Meynier, Stora). Or elle rend difficilement compréhensibles les années qui suivent, tant en France qu’en ce qui concerne le régime algérien, sans parler de ses répercussions sur certains élèves de l’enseignement secondaire. &lt;br/&gt;A cela s’ajoutent des ambiguïtés ou imprécisions, parfois diplomatiques, parfois par ignorance. Ainsi il n’est pas toujours clair que l’on parle :&lt;br/&gt;- de la dénonciation du colonialisme ou de l’étude de la période coloniale ? Des colonies occidentales ou de celles de tous les pays, voire des « occupations de nature voisine (Japon, Indonésie pour Timor Oriental et la Papouasie …)&lt;br/&gt;- de la morale ou de l’histoire ? Pour l’histoire, la colonisation n’est pas « une mauvaise action » devant entraîner repentir et réparation, ce qui serait du domaine de la morale ou de la mémoire. C’est une époque historique importante dans le temps et dans l’espace. Elle doit être étudiée avec sérieux et sérénité, sous tous ses aspects et dans sa durée. &lt;br/&gt;- de la « mémoire » (et laquelle ?) ou de l’histoire ? La première doit être libre, pour éviter tout refoulement, mais elle est par nature passionnelle et se prête parfois mal à la recherche « froide » ou à un enseignement consensuel à l’ensemble des élèves d’un même pays.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De même, qu’entend-on par « l’exploitation » des colonies ? La mise en valeur, ou (rémanence marxiste), le sous-paiement  (d’ailleurs difficile à définir et qui n’a peut-être pas existé) ?&lt;br/&gt;Une autre ambiguïté concerne le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », qui n’a de sens qu’en certains lieux à certaines époques et peut cacher un simple « changement de domination ». La notion de « peuple » serait d’ailleurs à préciser dans beaucoup de cas, pouvant en pratique être détournée par un groupe dominant. Et la formule « à disposer d’eux-mêmes » n’est pas toujours adaptée lorsque de petits groupes au pouvoir, avant ou après la colonisation, sont lourdement oppressifs, voire tout aussi étrangers (cf. plusieurs péripéties cambodgiennes).&lt;br/&gt;Enfin, le sujet le plus délicat est l’imprécision de l’usage des termes « égalité », « supériorité »  ou « infériorité » : on passe sans toujours le préciser de l’égalité de nature, de droit, de considération, qui est indiscutable sur un plan général et intemporel, à la dénonciation des conséquences des différences organisationnelles, économiques et scientifiques qui existaient « alors et là » et que devaient souvent prendre en compte les divers acteurs. Pour prendre l’exemple le plus neutre possible, telle mesure sanitaire est-elle une atteinte à une culture locale jugée inférieure ou la simple application d’une avance scientifique à cette époque et à cet endroit ?&lt;br/&gt;Finalement, pour qui a connu la guerre froide et son influence sur ce qu’écrivaient  de nombreux historiens ou géopoliticiens occidentaux, notamment « tiers-mondistes », ces imprécisions de vocabulaire et d’approche réveillent de désagréables souvenirs.&lt;br/&gt;Conclusion : liberté de la recherche, laïcité de  l’enseignement &lt;br/&gt;Sans aller aussi loin, ce débat rappelle qu’une vérité « corporatiste » peut être aussi discutable qu’une vérité officielle et qu’il faut se battre sur deux fronts : l’histoire est une chose trop importante pour être laissée aux seuls politiciens, mais aussi aux seuls historiens. Outre la difficulté générale d’éviter le « deux poids et deux mesures » : indulgence ou sévérité suivant que le crime a été commis par des amis ou des ennemis, ils ont leurs contraintes professionnelles propres. &lt;br/&gt;Une difficulté supplémentaire est la différence entre recherche et enseignement primaire et secondaire. La première doit être totalement libre, et si l’esprit du temps la pousse vers les « horreurs coloniales », c’est l’affaire des chercheurs. Le problème est en aval : les enseignants des écoles, lycées et collèges utilisent les résultats de la recherche, directement ou via les programmes. Il faut donc un grand effort de laïcité dans ce circuit de transmission pour passer de convictions étayées à une vue d’ensemble intégrant des données moins souvent ou pas du tout traitées dans la matrice universitaire et permettant à l’ensemble de la population de comprendre le monde et de s’y situer.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Retour à la page ICEG, cliquez &lt;a href=&quot;../../ICEG/ICEG_/ICEG_.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; &lt;br/&gt;Retour à la page “Articles et communications”, cliquez &lt;a href=&quot;../../YvesMontenay/Articles_et_communications.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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