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Les voyages d'Emma Lem
Londres 2005
Ouest américain 2007
Japon 2009

Journal intime 1972-1974

Tout sur moi (textes et chansons fondamentaux)../Voyages/Londres_2005/Londres_2005.html../Voyages/Ouest_am%C3%A9ricain_2007/Ouest_am%C3%A9ricain_2007.html../Voyages/Japon_2009/Japon_2009.html../Journal_intime_1972-1974/Accueil.html../Tout_sur_moi/Blog/Blog.htmlshapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1shapeimage_2_link_2shapeimage_2_link_3shapeimage_2_link_4




 
 

Je chanterai le nouveau monde

Né de la zone et de l'ordure

En ces temps-là vos belles actions

Passaient toujours par l'écriture

Vous vous gaviez de projections

De projets sérieux, de futur

Pendant que l'ordre et la répression

Nous alignaient contre les murs



Vous ronronniez pour le vieux monde

Dans l'opposition objective

Respectant la règle et la ronde

Dans vos manchettes maladives

Ça sentait le médicament

La frustration et le soumis

Ça puait déjà l'électron

Le temps qui passe à crédit



Des technocrates maigrichons

Vous prédisaient des jours meilleurs

Des aurores de l'expansion

A la sournoise nuit des chômeurs

Vous faisiez du lard aux ceintures

Les pancartes au bout des bras mous

Faisaient des cercles dans l'ordure

Où vous vous traîniez à genoux



Les barbares, qui montraient leurs crocs

Aux barrières des périphériques

Ricanaient, remplaçant vos mots

Par des cris de guerriers celtiques

Vous en aviez froid dans le dos

Bien qu'expliquant ce phénomène

Vous essayiez de rentrer tôt

Détestant les milices urbaines



Vous nous regardiez en ces temps

Inventer une autre musique

Faite de violence et de sang

D'ignorance et de prophétique

Votre raison vous pesait lourd

Dans vos masochistes partouzes

Dans vos dérisoires amours

Votre révolte et vos ventouses



La petite gauche vivotait

Frileuse comme une alouette

Vos bars, vos fêtes, vos congrès

Vos chanteurs, vos peintres, vos poètes

Votre raison, votre droiture

Vos illusions, vos habitudes

Vos soumissions, votre culture

Vos ambitions, vos certitudes



Cette lucidité bidon

Qui remplaçait si bien les tripes

Etait sinistre et sans passion

Et militante et castratrice

Elle vous bloquait le creux des reins

Comme un calcul diabétique

Et vous laissait sur votre faim

De bien nourris et d'asthmatiques



Nous rêvons d'une autre planète

En ce futur, t'en souviens-tu ?

Nous tirons des plans à facettes

Vers des comètes disparues
Nous installons nos mines d'or
Sur des podiums itinérants
Où nous jouons toujours très fort
De la guitare, et du vent


Nous pressentons une cassure
Une crevasse nette et sanglante
Une balafre dans l'azur
Un cran d'arrêt dans le silence
Une fissure dans le certain
Une embolie dans la finance
Un détonateur dans la main
Un embarras dans la nuance


Nous vivons au ras des pavés
N'ayant jamais connu la plage
Et jamais le roi des étés
Ne s'est inscrit au paysage
Nous avons la haine au profond
Une haine fondamentale
De la hiérarchie et des cons
Du quotidien et du fatal


Bernard Lavilliers. 1978

 

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